On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

mardi 26 février 2013

Work n°96 - Just Married- Nøne Futbol Club



Pour changer de registre, cette installation vidéo, pleine d'humour, présentée lors de l'exposition « Souffrir ensemble » en février 2013 à l'École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris. Ces deux artistes, dont le travail commence à être remarqué, exposent sous le nom de Nøne Futbol Club. Je les remercie de m'avoir autorisé à la publier.



  • http://nonefutbolclub.com
  • 21 commentaires:

    Catherine.Cudicio a dit…

    Bonjour à tous,
    Attacher des casseroles, cette vieille plaisanterie, souvent cruellement exercée au dépens d’un chien ou d’un chat, est ici remise ici au goût du jour, au ras du pavé. Pourquoi cela continue-t-il à faire rire? Le bruit attire l’attention, le porteur de la casserole se trouve alors propulsé sous les regards moqueurs, car enfin, qui prendrait le risque d’une telle exposition?
    Le côté métaphorique est plus sombre, un vilain secret a été bien caché, et soudain on le découvre: cette «casserole» entache définitivement la réputation de son porteur.
    Maintenant il reste la performance de l’acte d’artiste, et j’y lis une grande frustration qui s’exprime dans une pathétique tentative de déni, à la manière du Renard et des raisins. Voilà deux jeunes gens qui n’ont pas réussi dans la musique, aussi se sont-ils tournés vers l’art plastique. Mais ils voulaient leur revanche, et faute d’avoir pu se produire sur une grande scène de concert, ils ont choisi la rue pour donner un récital à leur manière. Ils étaient au fond trop doués, on ne les a pas compris, qu’à cela ne tienne, cette musique-là elle n’a aucun intérêt pour eux, ce n’est au fond que de la prise de pouvoir sur le silence, au mieux de la décoration, et ils allaient montrer de quoi ils étaient capables...
    Mais, croyant devoir se justifier, ils ont attaché une pancarte « just married» avec leurs casseroles, de façon à semer le doute, à stimuler l'imagination du spectateur...Et si l’autobus transportait pour de bon des jeunes mariés, et si c’était le bus qui se hâtait d’aller rejoindre son amoureux, le camion de pompiers dont on discerne l’appel lointain... Il ne reste plus qu’à attendre la prochaine performance pour connaître la clé de l’énigme.

    Ailloud Aurore a dit…

    Je trouve cette performance particulièrement porteuse de sens dans le contexte actuel du vote de la lois du "mariage pour tous".Si l'on considère que le propre de l'Art conceptuel est de pousser à l'interrogation, à la réflexion intérieur plus pour elle même sans pour autant défendre une idée précise, celle ci remplie bien sa fonction.
    Les casseroles sont traditionnellement accrochées aux voitures des mariés pour chasser le mauvais esprit et appeler l'abondance pour le nouveau ménage. C'est aussi une manière d'attirer l'attention sur le couple et l’évènement célébré. De là, et dans le contexte actuel, de multiples pistes de réflexions s'ouvrent à nous: attirent ils notre attention sur le mariage? On peut aussi imaginer que ce bus représente le "tous" de l'intitulé du projet de lois.
    Si on tient également compte du sujet qui a motivé cette oeuvre, à savoir "souffrir ensemble", de nouvelles pistes apparaissent: le mariage est il une souffrance? ou par métaphore ne manquant pas d'humour, sommes nous tous unis dans la "galère" d'aller au travail par exemple, puisque le bus est un moyen de transport en commun.
    L'avantage de l'art conceptuel est qu'il ne prend sens que lorsqu'on le met en parallèle avec ce qu'il évoque en chacun de nous.

    Nina a dit…

    Catherine, pourquoi vois-tu là une grande frustration, une pathétique tentative de déni, une revanche dans la rue, faute de pouvoir se produire dans une salle ?
    La rue est un fantastique théâtre, et les artistes peuvent délibérément choisir d'y travailler, ce n'est pas forcément le signe d'un échec passé, le lot de consolation de ceux qui ne sont pas rentrés aux Beaux-Arts.
    C'est là qu'on trouve le public le plus varié, le plus ouvert aussi. Dans la rue, l'art étonne, il surprend, et il questionne. Dans un musée, on est en sécurité, on a acheté son billet, on sait ce qu'on vient voir, on y est préparé. Mais ici, il s'invite dans notre quotidien sans prévenir, et il me semble que c'est une situation bien plus propice à un art "philosophique". Et on le voit, ça fonctionne, les gens sont interpellés, ils se posent des questions : le but est atteint.

    Catherine.Cudicio a dit…

    Chère Nina, ce n'était qu'une plaisanterie en réponse à une autre. Mon "interprétation" se proposait une lecture psychologisante au ras des pavés, comme les casseroles. Si je t'ai choquée, je te prie de m'en excuser.
    Catherine

    Alexandre miele a dit…

    Bonjour.
    Nina, je te rejoins dans ton commentaire quand tu nous explique que la rue est un fantastique théâtre, un lieu d'exposition où l'on peut effectivement trouver le public le plus varié. Mais j'irais plus loin dans le sens où c'est un lieu peuplé d'individus qui ne sont pas forcément habitués à l'expression créatrice. L’œuvre est ici imposée au passant, qui devient à son insu spectateur.Son questionnement face à cet événement soudain survient avant même un rattachement à la notion d'art, et ces là que l’œuvre devient inintéressante, elle devient réflexion, sans art.
    Hegel a attiré notre attention sur une question importante: quelle est la finalité de l'art? En d'autre termes: " D'accord, c'est jolie, mais ça sert à quoi?". L'art peut être considéré comme l'expression et la communication d'émotions et de sentiments au moyen de divers médiums. La scène étant filmée, ayant nécessitée du matériel et une préparation, quel est donc son sens, la volonté de l'artiste?
    Faut-il chercher du coté du titre "Work n°96", qui est justement le numéro du bus filmé,pourquoi pas l'année de mariage de l'artiste par exemple. Ou bien faut-il lier ici la notion de mariage avec les deux panneaux publicitaires du bus, à savoir: "passion" et "si c'était à refaire" de Marc Lévy, un questionnement sur l'amour ou le remariage? Ou bien encore, prendre en compte l'environnement, il s'agit de la ville de Paris, ou statistiquement, un mariage sur deux se finit en divorce. Le "souffrir ensemble" est-il un rappel aux vœux prononcés le jour du mariage?

    Romain D. a dit…
    Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
    R.Lecomte a dit…

    Cher Romain, sans aller jusqu’à me qualifier de philistin, je trouve aussi certaines de tes remarques pertinentes. Pourtant, je suis d'avis que "Work 96" est de l'art, puisque c'est une œuvre faite par des artistes, exposée dans une galerie et mise en vente sur le marché de l'art. Cet ensemble de facteurs constitue en effet un critère sûr d'une œuvre d'art, comme on le sait depuis la fontaine de Duchamp. Quant à la valeur de cet œuvre d'art, c'est une autre question! Seul le temps dira si les auteurs atteindront la renommée d'un Duchamp, ce qu’on ne peut que leur souhaiter.
    R.Lecomte

    MathieuLL a dit…

    C'est en effet l'oeil qui crée l'oeuvre d'art. Est oeuvre ce que l'oeil décide.

    Anonyme a dit…

    En tant que bergère dauphinoise, votre discours me sied à ravir, cher Romain. En particulier votre dénonciation d'un certain parisianisme outré. Ceci me rappelle un texte de Jean-François Mattei sur l'art de l'insignifiance ou la mort de l'art où il fait la part des choses entre l'art bidon et le véritable art contemporain, exemples savoureux à l'appui.
    Je ne crois pas que le marché de l'art décide ce qui est de l'art ou non, seulement de ce qui peut se vendre très cher aux pigeons milliardaires. Sinon, le Land'art, par nature éphémère et non exposable en galerie, ne serait pas de l'art ? Ni l'arte povera ?
    L'oeil non plus ne suffit pas : il y manque l'activité cérébrale de l'accord des facultés telles que Kant les a révélées dans sa 3ème critique. C'est mon jugement qui décide ce qui est de l'art ou non pour moi. Puis, on peut en discuter, comme des goûts et des couleurs, pourvu qu'on n'exige pas que l'autre renonce à son idée ou un consensus obligatoire. L'apprentissage de la démocratie, en quelque sorte...
    Ingrid S.

    MathieuLL a dit…

    Oui, c'est tout cela l'oeil. J'entends par oeil le jugement, non pas l'organe physique à proprement parler.

    Jean-René Peggary a dit…

    Question de points de vue

    Nous sommes dans la rue, comme ces badauds, d’abord alertés par le bruit des casseroles puis le regard attiré par l’affiche « Just married » : ce n’est qu’une blague de potache, ni plus ni moins, y compris si nous avons été témoins du montage ; que nous ayons vu les blagueurs ne change rien à l’affaire. Nous avons été surpris par le bruit, par cette rupture sonore avec la tranquillité de la rue, la lecture de l’affiche va ajouter au burlesque du choc des casseroles sur le macadam : impossible d’imaginer de jeunes mariés dans le bus, à la fois sujets et objets de la blague, qui l’auraient poussée assez loin pour louer un bus afin de partir en voyage de noces, ou alors, crise oblige, raccourcir le même voyage au tour de la ville ou du quartier. L’amour fera le reste ! Maintenant, imaginons-nous au musée et si nous ne nous sommes pas trompés d’adresse nous sommes venus nous confronter à de l’art contemporain : notre point de vue a changé. On y va avec l’idée qu’il y a derrière une intention artistique, et ce n’est pas la même chose que si les blagueurs potaches avaient été filmés à leur insu : ce sont les artistes qui sont filmés et ils se sont filmés en train de mettre en œuvre la matière de leur art. Pour le coup, visiteur du musée ou simple blogueur, nous sommes cette fois interpelés par la question du sens de ce que nous avons sous les yeux : à quoi renvoie cette démarche « artistique » ? A-t-elle une visée performative ? Notre point de vue en serait-il encore modifié ? Au final peut-être une sorte de démonstration de l’inanité de la réflexion : à régresser dans la recherche du ou des sens de l’œuvre on se serait éloigné de l’humour, du comique de la situation de départ. Les artistes auraient simplement voulu nous montrer qu’à trop chercher on risque de perdre l’essentiel… Blagueurs au secours des blogueurs…

    Jean-René Peggary Master1 SEPAD

    Jean-baptiste Richard a dit…

    Si on regarde cette vidéo sans la rapprocher du contexte de la loi sur le mariage pour tous on voit en effet un sketch qui aurait pu passer sur VIDEO GAG mais certainement pas une performance artistique. Mais en la replaçant dans le contexte de la loi du mariage pour tous, tout change. Alors que la performance reste la même, un sens est à présent à interpréter qui dépasse le sketch VIDEO GAG. On se dit alors qu'il s'agit peut-être d'une prise de position politique par rapport à la loi, qu'il y a un message politique et militant. Mais, la revendication n'est pas si évidente. Le message de la performance n'est ni "Vive la loi pour le mariage pour tous" ni "Non à la loi du mariage pour tous".
    Le message est à interpréter par le spectateur. La performance est bien liée au contexte politique mais n'est pas une prise de position militante. On n'imagine pas une seconde qu'il s'agit d'une action des associations GAY ni de militants homophobes. La performance peut parler à tout le monde et c'est à chacun d'en inventer le sens. Il s'agit donc bien d'une œuvre d'art dans le sens que cette performance interpelle chacun sur une situation politique et sociétale sans pour autant avoir une dimension partisane qui dirait ce qu'il faut en penser. Elle fait réagir.

    Manlet a dit…

    Beaucoup de commentaires ont l'air de mettre en cause le statut de cette performance comme oeuvre d'art. Il n'appartient pas au spectateur de le décider, à partir du moment ou l'artiste expose son oeuvre comme étant une oeuvre d'"art", le spectateur ne peut pas remettre en cause ce statut. Il peut critiquer l'oeuvre autant qu'il veut mais son statut demeurera à la volonté de l'artiste, et ce depuis que Marcel Duchamp a poussé l'absurdité artistique jusqu'à son paroxisme. Il n'y a pas de retour en arrière après qu'il ait exposé un urinoir ou vendu de l'air. Dès lors tout peut être considéré comme artistique, à moins de renier tout le mouvement dadaiste et d'autres. Dans le cas qui nous occupe ici, détourner un transport publique, le bus pour le faire sien et y attacher une oeuvre qui sera par conséquent vue par beaucoup de passants est tout à fait intéressant d'un point de vue artistique. En témoignent les réactions des passants, qui n'y restent pas insensibles. Si ces artistes avaient juste voulu attacher quelque chose de beau ou pas à un bus, ça aurait déjà été de l'art. Là, ils exposent en plus un slogan, et un dispositif sonore. On peut rapporter effectivement cette performance à l'actualité du mariage pour tous voté à l'assemblée nationale, mais même sans cela, cette "cocacerie" se suffit déjà à elle même. On peut dire que les artistes ont réussi leur coup puisqu'ils ont suscité de l'intérêt autour d'une oeuvre simplement avec trois casseroles et un bout de carton. Je peux affirmer sans retour que beaucoup d'artistes auraient aimé avoir cette idée.

    Irène P-E a dit…

    Je suis tout à fait d'accord avec Manlet, qu'il n'appartient pas au spectateur à partir du moment ou l'artiste expose son "œuvre" de juger si c'est ou non une œuvre d'art.
    Il est pourtant vrai que les goûts et les couleurs ça se discutent.
    C'est vrai ce que Nina dit, que "la rue est un fantastique théâtre"
    Et c'est aussi vrai que les exposants ont atteint leur but. Ils ont attiré l'attention des gens.
    Pour moi cette scène avec le panneau "Just married"a un double sens, parce qu'au côté droit du bus on peut lire une publicité pour Marc Levy et son roman de 2012 "si c'était à refaire". Donc cette vieille tradition d'attacher des casseroles quand un couple a décidé de faire la vie ensemble, rafraichit peut être ce mariage d'autrefois avec le temps de nos jours.
    Je félicite ces exposants pour ce projet. En plus c'est une bonne idée pour faire de la publicité.

    Anonyme a dit…

    Il me semble tout à fait impossible de considérer l'artiste comme seule source de l'art.
    Qui a fait l' « artiste » en tant qu'artiste ? S'est-il reconnu tout seul comme tel ? valide-t-il seul son propre état d'être, ou selon le marché sa propre valeur, avant même sa propre production...?
    Qu'est ce qui pose la création, ou la chose/représentation (car faut-il une création?), comme étant artistique ?
    Est-ce le lieu où elle est exposée ? (musée, galerie, salle d'exposition, banque, boulangerie...)
    Est-ce l' « artiste »? (Quel valeur un « faux » a-t-il ?)
    Est ce l' « œuvre » elle-même? (jetteriez-vous un « Monet » sans signature rangé dans votre grenier?)
    Ou le spectateur...? (créez-vous de l'art avec votre simple regard, ou simple jugement esthétique?)
    Il semble évident que l'art ne peut être si l'artiste, l'œuvre, le spectateur n'entrent pas dans une relation intime les uns avec les autres, chacun validant l'autre dans son état d'être.
    La démarche artistique, si elle répond bien à la dimension de l'art ne donne pas toujours une œuvre de l'art, loin s'en faut... Elle n'en est pas la raison suffisante. Et l'artiste ne sera reconnu et ne deviendra artiste qu'une fois ses productions validées en tant que productions de l'art.
    «  (...)à partir du moment ou l'artiste expose son œuvre comme étant une œuvre d'"art", le spectateur ne peut pas remettre en cause ce statut. », « (...)il n'appartient pas au spectateur à partir du moment ou l'artiste expose son "œuvre" de juger si c'est ou non une œuvre d'art. »
    Lire ce style de propos est très perturbant. Comment peut-on enfermer l'artiste dans l'égotisme, et l'œuvre dans le « soliloque » intégral...? Où est, ici, notre liberté? L'art comme porte de prison...
    Selon Kant l'homme n'est-il pas la source de la valeur ? Et n'est-ce pas Hume, taon du pauvre Kant, qui a écrit dans ses Essais Esthétiques : « La beauté n'est pas une qualité inhérente aux choses mêmes, elle existe seulement dans l'esprit qui la contemple, et chaque esprit perçoit une beauté différente. »
    Je fais ici valoir notre droit d'être des « esprit » qui contemplent!
    Mon acte de résistance esthétique ou philosophique fait ainsi écho à celui de l'œuvre présentée. Cette œuvre fait cadre et nous donne à voir ce qu'on ne voit pas et qu'on ne peut voir, l'absence... Elle est là comme un acte de résistance face à notre quotidien, face à une mort, face à la disparition de l'humour.
    En effet je comprends les réticences, résistances et fuite dans le conceptuel, de nombreux commentaires, car cette œuvre par delà l'esthétique nous fait prendre à nos dépens le chemin de l'éthique, holzweg.
    Angelina J-M. (master2)

    Manlet a dit…

    Je suis d'accord avec vous Angelina lorsque vous citez Hume: "[La beauté] existe seulement dans l'esprit qui la contemple". En effet, chacun à une vision de l'art qui lui est propre et c'est précisément ce qui m'amène à penser que l'artiste, qui est le premier de la chaîne, et voit son travail se créer, décide quand il est fini, si il est fini et s'il le considère comme étant artistique, possède déjà ce pouvoir de décision à propos de sa création. A ce stade, il n'est même pas obligé de la présenter aux yeux du monde. Il peut même la détruire. Son oeuvre a existé pour lui. Il est une des sources possibles et suffisantes de l'art. De même, un spectateur possède ce même pouvoir en lui: il peut décider qu'un objet, qui pourtant n'avait pas été conçu dans un but artistique et qui est magnifique (ou pas) à ses yeux est tout simplement une oeuvre "d'art". Cela peut être un graffiti, ou un pot de fleur, ou même un caillou qu'il aura trouvé sur la plage.
    C'est précisément ce que vous appelez "faire valoir notre droit d'être des « esprit » qui contemplent!".
    Par conséquent, ce "soliloque" artistique qui peut parfois à juste titre être vu comme étant égoïste, je le vois précisément comme la plus grande des liberté. L'art appartient à tous. Et lorsqu'une relation intime lie l'auteur, son oeuvre, et le spectateur, l'art à atteint un idéal.
    Je suis moi même perturbé quand je lis: "l'artiste ne sera reconnu et ne deviendra artiste qu'une fois ses productions validées en tant que productions de l'art", car qui valide les productions d'un artiste? Peut-être devrions nous créer un ministère de l'oeuvre d'art qui validerait les oeuvres selon des critères préétablis? Je ne le crois pas, et je pense que cela serait bien plus totalitaire que l'égoïsme artistique cité auparavant.
    Les lieux d'expositions sont multiples et non-cloisonnés: les street-artistes exposent dans les galeries, les artistes de galeries dans la rue.
    Certains "faux" possèdent une grande valeur artistiques, d'ailleurs ne faut-il pas avoir de grandes qualités artistiques pour reproduire un tableau à la perfection? Dans la Grèce antique certaines reproductions possédaient plus de valeurs que l'original.
    Un Monet n'a de valeur que dans les yeux d'un certain public ou pour des collectionneurs avertis, et certains tableaux de grand maîtres ont été sauvés de justesse de la destruction.
    En conclusion je citerai Marcel Duchamp: "que le goût soit bon ou mauvais, cela n'a aucune importance, car il est toujours bon pour les uns et mauvais pour les autres. Peu importe la qualité, c'est toujours du goût." Je pense aussi que l'art a un gout différent pour chacun, mais il reste de l'art, du moins pour certains!
    Discutons de nos gouts, ne nions pas que l'art existe là ou on ne le voit pas.

    Emmanuel Gaudiot a dit…

    Vos commentaires, chers tous, sont intéressants et fidèles à ce que l'on peut rencontrer comme réactions lorsqu'on présente une oeuvre d'art.
    Mention spéciale toutefois pour les paysans qui voient une sorte de supercherie dans la production montrée. Je suis, quant à moi, un véritable rural, de ceux qui ont des connexions haut débit à 512k tout mouillés! Ainsi je ne côtoie que des rudes paysans pour qui l'art s'arrête à La Joconde et pour qui la plaisanterie commence avec Picasso (je force un peu le trait, mais pas tant que cela). Aussi cette petite production légère me ravit avant de me questionner.
    Puisqu'elle vous fait parler, je m'en vais tenter une petite réflexion sur l'art.
    Tout d'abord l'art est un trajet, un déplacement que le spectateur fait pour se rendre dans l'oeuvre : le poète use de la métaphore, de l'anaphore, le peintre fauviste déplace la couleur...
    Pour l'oeuvre présentée, le déplacement est celui de l'acte lui-même qui s'inscrit dans l'indifférence urbaine. Certains d'entre vous y voient une proximité avec l'actualité politique et sociétale ; on peut y voir aussi la fantaisie de deux épousés (peu importe qu'ils soient des épousés dans la tradition ou pas...) qui auraient voulu fuir le monde, non pas dans une décapotable, ou dans une voiture prestigieuse, mais dans un bus, parmi le monde, dans l'ignorance de celui-ci de leur bonheur actuel...
    Toute interprétation est valable du moment que l'esprit est déplacé.
    Pour le sort de l'oeuvre, et son statut, je pense que l'on ne doit pas s'en faire : si l'oeuvre est comme la décision de l'artiste, il n'en reste pas moins que son destin est lié au public. Ainsi l'oeuvre sera reconnue ou non, et disparaîtra alors sans aucune postérité. Peu importe : on ne va pas déplorer la disparition d'une oeuvre! Après tout, c'est un monde qui meurt, de la même façon qu'un monde meurt dans chacun de nos décès.
    La fertilité du génie humain, et le théâtre de nécessité artisitque qu'est le monde s'en relèveront!
    Merci Michel pour cette joyeuse paranthèse

    Florent Belpaume a dit…
    Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
    Florent Belpaume a dit…
    Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
    Florent Belpaume a dit…

    Je ne suis pas d’accord avec cette conception visant à faire entendre que le jugement du spectateur n’a aucune validité dés lors qu’il tend à donner son avis sur la légitimité artistique d’une œuvre. Je ne crois pas que TOUT peut-être qualifié d’artistique. Je ne crois pas qu’il me suffise de claquer des mains pour créer et considérer cette action comme étant une œuvre d’art, qu’il suffise à n’importe quel individu de faire n’importe quoi pour que ce n’importe quoi puisse être qualifié d’artistique. Ce qui me gène, c’est de lire qu'on doit accepter n’importe quelle œuvre sous prétexte que Marcel Duchamps a poussé, avec son urinoir, les limites de l’absurdité artistique et que, puisqu’il en est ainsi, nous devons accepter, comme 2 + 2 = 4, béatement, benoitement, n’importe quelle manifestation prétendument artistique comme de l’art. Dire cela revient tout simplement à considérer l’art comme une science exacte, et à refuser toute remise en cause des œuvres passés sous prétexte que leurs créateurs ont apportés des contributions INDISCUTABLES, et que nous n’avons rien d’autre à faire que de les accepter. Je n’ai pas la prétention de croire que ma conception est la vraie, l’unique ; elle est subjective, et c’est heureux. D’ailleurs, je ne méprise pas Duchamps qui, avec son urinoir, a surtout posé une question à l’art, reposée d’ailleurs par Pierre Pinoncelli, en urinant dans « l’œuvre », puis en la fracassant à coup de marteau (214000 euros de dommages et intérêts… mais pourquoi ? pour l’œuvre d’art ou pour l’urinoir ? « c’est un urinoir ! » a probablement dit Pinoncelli , « Ah ça non ! c’est une œuvre d’art ! regardez ! l’artiste a signé ! » a peut-être répondu le conservateur. « Mais moi aussi j’ai signé ! ma pisse est une signature, et il en est de même pour la singularité de mon coup de marteau ! » a peut-être rétorqué, finalement, ce cher Pinoncelli...). Pour ma part, je pense que Duchamps a créé une sorte d’objet-concept. Quant au travail présenté, un de nos collègues l’a bien décrit : « un amuse gueule philosophique », car, à mon sens, la préoccupation fondamentale de l’artiste est le caractère esthétique de l’œuvre. La qualité architecturale des romans de Jean-Benoît Puech, la beauté lancinante des longues phrases de Richard Millet, la rigueur stellaire de la musique de Pierre Boulez, la polyphonie vocale, chargée de chromatismes, du Requiem de Ligeti ; autant d’œuvres contemporaines qui nous rappellent le devoir d’exigence, de nouveauté, et même de sacrifice.
    Bien à vous.

    Florent Belpaume L3 philo SEPAD

    Manlet a dit…

    Cher Florent,

    Loin de considérer l'art comme un science exacte, je le considère plutôt comme une abstraction, la manifestation de notre imagination infinie.
    A partir de quand une oeuvre est-elle "artistique"? Cette question est sans réponse, puisque l'art nait juste d'une volonté de créer il n'y a donc pas en soi de "limite" ou de "bornes". Quand bien même cette création serait nulle, comme le montre l'exemple de Duchamp, la volonté de faire de l' "art" suffit. C'est la condition nécessaire, qui avant Duchamp, n'était peut-être pas aussi triviale, c'est certain. Un peu comme si Duchamp avait inventé le zéro artistique!
    Donc pour moi il ne s'agit pas d' "accepter" une oeuvre ou non, personne ne vous force à la regarder! L'oeuvre existe avec ou sans vous. Je maintiens donc qu'il n'y a pas d'oeuvre "Illégitime" du point de vue de l'art.
    Mais comme l'a dit Emmanuel, son destin est lié aux spectateurs. C'est déjà en soi un pouvoir au moins équivalent à celui de l'artiste.
    Je voulais donc, en citant Duchamp dans mes commentaires répondre aux quelques personnes qui disaient plus haut: "Il ne s'agit pas d'art", et je continue de penser que la question de savoir si cette oeuvre est artistique ou non est sans aucune importance.