On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

samedi 17 octobre 2009

Université

Je remercie vivement Alain Caillé de m'avoir autorisé à publier l'article suivant qui doit paraître prochainement dans Liaisons sociales Magazine sous le titre : "Université : mort, résurrection ou léthargie" :
"Habitué depuis quarante ans à une succession ininterrompue de réformes de l’Université qui ne parviennent à passer, par fragments plus ou moins cohérents, que pour autant qu’elles surmontent une succession tout aussi récurrente de grèves et de manifestations, le grand public n’a pas toujours bien perçu ce qu’il y avait de singulier dans les grèves qui ont bloqué pendant plusieurs mois un nombre significatif d’universités l’an dernier en réaction aux décrets d’application de la loi LRU : pour la première fois ce ne sont pas tant les étudiants que les enseignants-chercheurs qui se sont mis en grève, et qui l’ont fait également dans des secteurs peu coutumiers de la chose comme le Droit. Doit-on s’attendre à un retour de ces grèves cette année ? Bien malin qui pourrait le dire. Le plus probable semble être qu’en définitive les présidents d’université, très souvent favorables à cette loi qui, à défaut de véritables moyens financiers, leur laisse les coudées franches pour les projets propres qu’ils pourraient avoir, la mettent de fait en application sans plus guère susciter de véritables réactions chez les grévistes de l’an dernier, épuisés et découragés. Pourtant, outre le fait qu’elle laisse la communauté universitaire profondément démotivée et artificiellement divisée entre décideurs et simples enseignants, cette loi, parce qu’elle n’identifie et n’affronte clairement aucun des problèmes réels de l’enseignement supérieur en France, ne peut que les aggraver. Le problème principal est celui de son éclatement entre l’Université proprement dite, le CNRS, l’enseignement technique supérieur et le système des écoles, petites moyennes ou grandes, privées ou publiques (de plus en plus souvent privées). Est désormais institué un système de vases communicants qui prive de plus en plus les universités de la majorité des meilleurs élèves du secondaire au profit des classes préparatoires, ou des IUT et des BTS. Or cette évolution est catastrophique tant au plan de la démocratisation de notre société que de sa capacité à devenir une véritable « société de connaissance ». Les modalités de recrutement dans les grandes Écoles rendent celles-ci en effet de plus en plus élitistes et réservées aux héritiers. Et, si elles promettent des emplois rémunérateurs, elles ne préparent aucunement à la recherche et à l’innovation. À quoi il convient d’ajouter le fait que la technocratisation paroxystique de l’enseignement et de la recherche comme de leur évaluation, aboutit à une délégitimation croissante de tous les savoirs qui s’inscrivent dans le sillage de la tradition des humanités, et qu’avec eux c’est la capacité d’autoréflexion de notre société qui s’étiole. La question qui reste posée est donc celle de savoir si les coordinations et les syndicats opposés à la loi LRU sauront prendre la pleine mesure de ces enjeux, dépasser des prises de position défensives et/ou corporatistes pour se mettre d’accord sur un ensemble minimal de propositions centrales qui permettent d’envisager enfin une véritable refondation de l’Université."
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