On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

mardi 25 octobre 2011

Jusqu'où va l'indifférence...

Wang Ye, la petite fillette de deux ans, renversée puis écrasée par deux camionnettes, dans une rue de Foshan (province de Guangdong, en Chine du sud), et devant laquelle les passants déambulent, contournant son corps avec la plus parfaite indifférence, est morte le 21 octobre dernier de la suite de ses blessures. Même la raison généralement donnée pour "expliquer" les conduites de non-assistance à personne en danger et que j'avais analysées dans le chapitre du Vernis fragile, consacrée au meurtre de Ketty Genovese, ne s'applique pas ici : l'inhibition produite par la présence de nombreuses personnes dont chacune reporte sur l'autre la responsabilité d'intervenir. Une enfant, pourtant, gisant à terre et dont personne, pendant de longs moments, ne songe à soucier, mais dans quel monde vivons-nous ? Je doute que les meilleurs spécialistes de psychologie sociale puissent faire autre chose que baisser les bras et jeter l'éponge.

10 commentaires:

craindre1989 a dit…

Ce que j'ai voulu vous dire à propos de la comparaison entre celui-ci et le cas de Kitty Genovase consiste un autre effet virtuel de l'ignorance banale. C'est qu'en chine, par ex. de lever une personne âgée ou pas risque aux passants d'être accusés en tant que criminel sous l'intime conviction ; sous une peur d'un effet similaire soit produit en soi, trop souvent les passants traversent la scène en ne donnant point de secours, ainsi, il n'est plus la question de l'indifférence, mais plutôt mêlé d'une peur. Comme ce que j'ai voulu vous dire en lundi, que chacun garde le principe premier de protéger son propre bonheur et se défend par l'ignorance, les gens finissent en même résultat: croissant les bras, aussi bien le cas de Kitty que celui vous venez de publier. Bien sûr, il y a tout un degré de menace dans la logique morale des passants, la banalité en tant que telle reste toujours cruelle sous un même égard. Quelque ce soit le bonheur ou la vie soit menacé, le fait que personne n'a téléphoné la police (d'un point de vue en face du meurtre et non les gens qui en concernent) rend tout le monde d'une même banalité.

Michel Terestchenko, a dit…

Merci, cher ami. Je suis sensible à cet argument de la peur, surtout venant de vous qui êtes chinois, mais dans les images saisies par la caméra de surveillance, finalement, ce n'est pas cette impression que l'on perçoit chez les individus qui passent leur chemin, comme si de rien n'était. De toute façon, je suis bien en peine de trouver une explication rationnelle à ce comportement, alors qu'une petite fille gît au milieu de la rue...

craindre1989 a dit…
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craindre1989 a dit…

C'est vrai, que c'est triste. Dire de façon violente, "devant la mort, rien n'est" - Tolstoï (je pense, sans pouvoir bien saisir le passage). Vous avez raison d'interroger: de quel monde qu'on est.

Hohler Dominique a dit…

Au risque de choquer prenons au sérieux la question "dans quel monde vivons-nous?" En la débarrassant de sa teneur en indignation et de son caractère rhétorique.
Dans quel monde vivons-nous ? Le monde dans lequel nous vivons n'est pas l'occident; l'immense majorité de la planète n'a pas connu le processus de sacralisation de l'être humain initié par le christianisme. Plus encore, la sacralisation de l'être humain vacille même chez nous, Nietzsche nous le dit, cette sacralisation qui conduit au soutien des dégénérés est une folie.
Notre force a été d'assumer cette folie. Et nous ne savons plus faire cela.

Wang Ye n'en a pas bénéficié, de cette folie. Une fois à terre elle est un objet. Le chauffard l'a bien compris, qui fait un calcul en termes de coût : Elle lui revient moins cher morte qu'invalide (comment ne pas entendre Nietzsche dans ce calcul).

Dans quel monde vivons-nous ? Un monde qui vient, il suffit de le regarder en face, il ne se cache pas beaucoup, Les Misérables de Victor Hugo le font bailler d'ennui, les vociférations martiales du rap le font vibrer.

Ayons l'humilité et le courage d'admettre que la folie de notre humanisme n'a rien d'universel et qu'il convient de faire de sa promotion la seule lutte qui vaille.

Dominique Hohler

Michel Terestchenko, a dit…

Cher Dominique,

Je crains hélas que notre belle tradition humaniste ne soit pas vraiment un garde-fou ! Sans doute, en conviendrez-vous également. Mais croyez-vous vraiment qu'il n'y ait rien dans la "culture" chinoise qui invite à se soucier d'un enfant à l'agonie ?

Dominique Hohler a dit…

Cher Michel

Votre question m'oblige à me dévoiler encore davantage. Je crois pour vous répondre qu'il y a en chaque âme une émotion face à l'agonie d'un enfant. Mais prenant le mot culture au sens large, c'est-à-dire l'ensemble des normes et des valeurs qui animent la société, il est tout à fait concevable qu'il y ait une culture qui n'intègre pas la sanction de la non-assistance à personne en danger (comme dans le cas d'espèce), tout comme une culture peut comprendre l'esclavage (nous avons connu cela). Sans la sanction instituée, l'émotion reste de l'ordre du "il est déplorable qu'il en soit ainsi".
Nous ne sommes jamais moraux à plein temps mais nos institutions le sont. A l'inverse l'émotion face à la souffrance de l'esclave ou de l'enfant peut se dissoudre dans le surmoi culturel.
Je ne me permettrais pas de nier aux Chinois ou à tout autre peuple leur humanité, ce que je vois c'est le rétrécissement du champ institutionnel qui permettrait à cette humanité de se réaliser.

Dominique Hohler

Leslie Lecossois a dit…

Que l'on soit chinois, français ou autre, nous n'en sommes pas moins des hommes. Nous sommes pourvus de sentiments, notamment à l'égard de nos semblables disait ce bon vieux Rousseau dans son Discours sur les inégalités. En tant qu'homme, nous devrions réagir quand un tel drame se réalise, juste sous nos yeux. Il ne s'agit pas d'un geste provenant d'une bonne éducation, de politesse, mais bel et bien d'humanité or, ce malheureux exemple, nous montre tout le contraire. Où va l'humanité, l'entraide, le respect, l'écoute ? Pas dans le bon sens il me semble, s'il y en a un. Vous avez employer le bon mot Monsieur Terestchenko, l'humanité se plonge dans l'indifférence. Banalité ? J'aurais presque envie de dire Égoïsme ici... (Pour rebondir sur les propos fort éclairant de craindre1989.)

Pierre-Yves Clausse a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Pierre-Yves Clausse a dit…

Je crains que cette sinistre histoire ne corrobore la célèbre phrase de Tchekhov : "L'indifférence est une paralysie de l'âme"... L'humanité semble bien paralysée à la vue de cette vidéo...