On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

dimanche 9 octobre 2011

Le corps n'est pas un vêtement

On aura longtemps fait de notre corps la cause de passions mauvaises et de funestes égarements, l'adversaire qu'il faut tenir en bride et réduire au minimum requis par les besoins de la vie.
Une longue tradition enseigne - belle constance ! - que le corps à son pire, la chair, entraîne aux instincts de la bête, nous détournant de notre patrie, qui est du ciel. Avec cette réalité, il faut bien s'accommoder, mais ce sera en lui imposant les règles les plus strictes d'une discipline de fer. Le dualisme, certes, n'était pas toujours aussi tranché : les anges aussi, prétendait-on, ont un corps. Oui ! mais immatériel. Tel sera le nôtre au jour de la grande recréation. Et Dieu lui-même n'avait pas dédaigné, au scandale des Grecs, de prendre forme humaine. Il n'empêche ! Les termes du réquisitoire variaient peu.
Aujourd'hui, nous avons appris que, sans le corps, la vie ne saurait s'éprouver, et que cette expérience originaire, joie et souffrance, est bien plus qu'une affaire d'organes, de nerfs et de muscles. La conscience d'exister, qui est parfois pur bonheur, que serait-elle sans la joie que procure l'effort ou la marche ou le chant ? La santé est un état où le corps se fait oublier. Sans doute ! Mais cela ne fait pas de celui-ci un vêtement, qui devrait être aussi misérable et loqueteux que possible. Il est, pourtant, une autre dérive, strictement inverse, qui nous égare également.
S'il faut le célébrer, que ce ne soit pas, pourtant, dans le vain espoir que le corps paraisse toujours jeune, cette nouvelle expression d'un lointain mépris. Mieux vaudrait retenir la leçon de cet acteur célèbre qui refusait d'être maquillé lors de ses passages à la télévision : respectez mes cernes et mes rides, ils ont mis longtemps à paraître ! Inutile donc de vouloir lutter contre les effets de l'âge, la mort est inéluctable.
Le corps n'est pas un ennemi à combattre, puisque nous sommes cela aussi : un être de chair et de sang, et la chair, la vie en nous qui jouit d'elle-même.
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