On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

mercredi 26 octobre 2011

Mais dans quel monde vivons-nous ?

Mais dans quel monde vivons-nous pour que l'action la plus ordinaire d'entr'aide soit considérée presque comme un fait héroïque ? Afin de vous montrer que la question n'est nullement "rhétorique", voici une petite anecdote, tirée des "Très Riches Heures de M. T." :

Il y a quelques mois de cela, je faisais comme à l'accoutumée mes courses dans le supermarché à côté de chez moi, lorsqu'après avoir réglé mes achats à la caisse, j'aperçus derrière moi une femme âgée, qui visiblement avait de la peine à mettre ses affaires sur le tapis. Et c'est tout naturellement que je lui proposais de l'aider, ce qu'elle accepta presque gênée. Lorsque j'eus fini de déposer ses bouteilles et son peu de victuailles, elle me remercia comme si elle avait, me dit-elle, rencontré « un ange ». Et quoique le compliment fut totalement démesuré, de toute évidence il était sincère. J'aurais dû me méfier et la laisser se débrouiller toute seule. Mais que voulez-vous, on a beau le savoir, on reste sensible à la flatterie ! Je vous en prie, ça va de soi ! lui répondis-je benoîtement. (J'emploie cet adjectif à cause du présent locataire du Vatican qui s'y connait en sainteté, puisque c'est comme ça qu'on l'appelle). Remarquez, j'étais content, ça fait du bien de monter en grade pour si peu. Après quoi il n'était plus question de s'arrêter en si bon chemin. Quand on a une telle réputation à défendre, on est prêt à tout. Aussi je l'accompagnais jusqu'à sa voiture pour transporter le tout dans son coffre. Et là, à l'entendre, j'étais le Christ qui serait redescendu sur terre pour sauver l'humanité.

Eh oui, dans quel monde vivons-nous, dites-moi, pour que rien devienne tant, et c'était pas du comique dans sa bouche. Je crois qu'elle devait avoir aperçu l'auréole sainte qui m'avait soudain poussé autour de la tête ! Rassurez-vous, je ne vais plus aux caisses. J'utilise désormais les appareils à scanner qui jettent les employées au chômage, histoire de rester modeste. Finalement, c'est peut-être pour cela qu'on rechigne à aider les autres et à faire un peu de bien : par humilité !

5 commentaires:

Anonyme a dit…

ce que vous faites au plus petit d'entre vous, c'est à moi que vous le faites... J'ai toujours cru que l'humilité est -aussi- de savoir accepter la louange du plus petit d'entre nous qui reconnait notre différence. :-) merci Monsieur!

Michel Terestchenko, a dit…

Vous avez compris que c'est une plaisanterie, bien évidemment !

guelfenoireditions.com a dit…

Une nota bene figure en contrebas du message :

Vous pouvez sembler trop modeste, à remiser dans l'inaccessible une qualité qu'il est difficile, parmi les laïcs, de reconnaître à quelqu'un d'autre que vous.

A vous dédier "Tenants philosophiques de la grâce", je forme le voeu que vous restiez en cheminement vers la sainteté,

en espérant que cela ne vous gêne pas .

Leslie Lecossois a dit…

Pour reprendre l'idée véhiculée dans votre article sur cette pauvre fillette, les valeurs se perdent... J'ai presque honte d'appartenir à une telle humanité qui en a perdue sa définition, et même ce mérite de porter un tel nom. Où est l'homme bon ? Où est l'homme cultivé, curieux, épris de connaissance, férue de diversité, amoureux de ses semblables ? Utopie... Mensonge, chimère. Ne le pensez-vous pas ? Nous nous battons pour une image, pour un idéal, mais avons nous jamais été cet homme ? Avons-nous jamais été des anges, à notre petite échelle ? Ne sommes-nous pas que des petits êtres minables et égoïstes, n'agissant, n'aimant, ne pensant que par intérêt ? Je vous le demande... L'humanité, n'est-elle qu'un leurre Monsieur Terestchenko, ou pouvons nous encore y croire ?

Pierre-Yves Clausse a dit…

Cette anecdote est assez révélatrice de l'atmosphère "chacun pour soi" ambiante au sein de notre société. Cette vielle dame a été surprise par le fait que quelqu'un puisse lui venir en aide spontanément. Les personnes âgées se trouvent régulièrement dans des situations, anodines pour la plupart des gens, mais très difficiles pour elles... Il suffit de prendre le métro ou le bus régulièrement à Paris pour se rendre compte du manque de considération des personnes à l'égard des plus faibles. Son compliment était disproportionné mais vous avez du lui sembler "tomber du ciel".