On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

jeudi 4 avril 2013

L'homme déchu

Songe-t-il l'acrobate déchu à cette parole de Machiavel, lui qui connut l'amertume d'une longue disgrâce sans avoir commis de faute : "La fortune élève un homme au sommet et le jette à terre, afin qu'elle en rie et qu'il en pleure" (Capitolo de la Fortune) ? Dans le cas présent, le sadisme d'une divinité malveillante n'y est pour rien. La réalité a rattrapé un homme, brisant en miettes l'arrogance - mais quelle bétise finalement ! - de celui qui voulait dissimuler la gravité de ses délits et l'impudence de ses mensonges. Pourtant, au-delà de l'enchaînement des causes, qui n'a rien de mystérieux ni de terrible - à qui donc peut-il s'en prendre sinon à lui-même ? - il y a quelque chose d'imposant dans ces grandes chutes qui font trembler l'édifice du pouvoir, révélant au grand jour - c'était la leçon même de Machiavel - sa profonde et très humaine fragilité.
Les conséquences politiques de l'affaire vont bien au-delà de l'homme qui les a déclenchées et elle ébranle ceux dont le principal tort est probablement d'avoir manqué de prudence ou d'avoir péché par excès de confiance. Est-ce seulement une faute ? La réponse est oui. En politique, il n'y a pas d'innocence. C'est ce qui fait toute sa grandeur tragique.
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