On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

vendredi 1 novembre 2013

Le privé n'est pas l'intime

Une des idées les plus communément admises, répétées à satiété par les hommes politiques et les médias, est que les croyances et les pratiques religieuses relèvent de la sphère privée. Fort bien. Mais que veut-on dire par là ? Que c'est là une affaire de conscience individuelle qui échappe au contrôle et à la compétence de l'Etat ou bien que les croyances religieuses et ce qu'elles prescrivent n'ont pas à se manifester dans l'espace public, devant être circonscrites dans l'univers intime de la maisonnée ? La première interprétation n'est pas autre chose que le rappel d'un droit humain fondamental, la liberté de conscience, s'inscrivant dans la lignée des doctrines classiques de la tolérance. Mais il serait absurde ou alors proprement totalitaire ou marquant tout simplement un retour à l'Ancien Régime de prétendre que le principe de laïcité interdit toute expression publique des convictions religieuses. Imagine-t-on que celles-ci sont des sortes de vêtements que l'on peut indifféremment mettre et ôter selon que l'on est chez soi ou au-dehors ? Est-ce respecter les individus d'exiger d'eux qu'ils renoncent en public à ce que la religion à laquelle ils adhèrent librement exige, les prescriptions alimentaires ou vestimentaires ou encore la pratique régulière de la prière ? Les croyances (philosophiques, morales, religieuses) qui sont les nôtres ne nous appartiennent pas à la manière d'une propriété ; elles sont, pour une large part, inséparables de l'être que nous sommes, de nos « valeurs », de notre mode de vie. Que nous soyons croyants ou non, elles comptent de façon essentielle pour nous, de telle sorte que les respecter est une conséquence du principe de l'égal respect dû à tout homme. Non pas un respect purement théorique, déduit de l'universalité de la nature humaine, abstraction faite des déterminations qui spécifient les êtres et neutralisant leurs différences, mais, au contraire, respect de l'individu effectif et bien réel qu'il est. Ainsi que le remarque Martha Nussbaum : « La religion est essentielle dans l'idée que les gens ont d'eux-mêmes »1. Aussi le respect de la conscience individuelle n'est-il pas simplement une affaire de tolérance, il se déduit du principe même de la dignité humaine et ses applications doivent être aussi larges que possible, dès lors que le droit des autres à mener leur vie comme ils l'entendent fait l'objet d'un égal respect et que les intérêts vitaux de l'Etat ne sont pas menacés.
La laïcité est un principe politique qui établit la neutralité de l'Etat en matière de religion, mais ce principe s'accompagne de l'obligation faite à l'Etat de garantir la libre expression publique des opinions religieuses, dès lors qu'elle ne porte pas atteinte à l'ordre public. « Privatiser » les croyances ne revient pas à les enfermer dans la sphère de l'intime. Cela signifie qu'elles sont, à certaines conditions près, indépendantes du domaine de compétence de l'Etat qui doit rester neutre par rapport elles. Dès lors, il ne faut pas confondre laïcité (neutralité de l'Etat) et sécularisation (liée à la perte d'influence des normes religieuses dans les sociétés modernes), ainsi que le rappelle l'éminent historien et sociologue Jean Baubérot, un des meilleurs spécialistes français de la question, dans son remarquable ouvrage La laïcité falsifiée [La Découverte, 2010] : « La religion, écrit-il, n'est pas une affaire d'Etat, ni une institution publique ou un pouvoir qui peut réprimer ou punir. A chacun de se déterminer, de se rattacher à une religion ou à une conviction comme il le souhaite, de la manière dont il le veut. L'Etat laïque est le garant d'un choix volontaire et libre.
« Affirmer en revanche que la religion ne peut se vivre que dans la sphère privée, au sens de « sphère intime », refuser le droit de manifester ses convictions religieuses dans l'espace public, vouloir neutraliser cet espace public de toute manifestation religieuse, c'est opérer un court-circuit entre laïcité et sécularisation […] La sécularisation est de l'ordre du socioculturel. Elle est liée à une dynamique sociale.
La laïcité permet le choix. Elle donne la possibilité d'avoir des rapports très divers avec la sécularisation , rapports qui sont la conséquence du choix. La laïcité n'impose rien en la matière, pour peu que l'on pratique sa religion de façon tranquille, dans le respect des droits d'autrui. : ce serait déroger à ses principes de séparation, de neutralité arbitrale de l'Etat, de liberté de conscience et d'égalité des citoyens. »
On peut voir, note encore Baubérot, dans le port de la burqa, du nicab, de la robe de bure, de la soutane, de la cornette, du schreitlmel, du spodik ou du caftan des « symboles de l'oppression », mais comme le rappelait, en 2009, la Fédération de la libre pensée devant la commission parlementaire sur le voile intégral : « Les dictatures ont toujours voulu imposer des modes vestimentaires », c'est pourquoi elle s'oppose à l'interdiction de ces vêtements dans la rue.
Selon la loi de 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat, l'Etat « assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes » (art. 1) dans "les seules restrictions de l'intérêt de l'ordre public". De telles restrictions ne peuvent donc être que limitées et il est contraire à l'esprit autant qu'à la lettre de la loi qu'elles s'exercent à l'encontre d'une religion particulière.
Cette conception libérale de la laïcité dont l'application progressive se fit avec toutes sortes de compromis et d'accommodements est désormais remise en cause par l'orientation identitaire de la laïcité républicaine, la « nouvelle laïcité », qui n'a plus rien à voir avec ses principes fondateurs. Jean Baubérot le montre dans une argumentation implacable. J'y reviendrai dans un prochain billet.

____________________________
1. The New Religious Intolerance, Overcoming Fear in an Anxious Age, The Belknap Press of Havard University Press, 2012, p. 102.

19 commentaires:

MathieuLL a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
MathieuLL a dit…

Vous venez de mettre en évidence, cher Michel Terestchenko, l'une des vérités élémentaires de la vie en collectivité : l'impossibilité à trouver des accords communs (car on trouvera toujours des groupes en contradiction les uns avec les autres). C'est justement cette impossibilité qui rend risibles des constructions aussi abracadabrantes que celle de Rawls (pourquoi suppose-t-il justement que, dans la position originelle, tous sont à égalité... n'est-ce pas là commettre un cercle ? et pourquoi devrait-on partir de cette expérience-là ?) Bref... Voici donc ce qu'est l'essence de la gestion des hommes : l'imposition d'une puissance, d'un système. Le pouvoir est toujours coercitif. Même la démocratie n'est qu'une illusion. Pourquoi ? Car si je suis membre d'une communauté (religieuse ou non) qui ne reconnaît pas cette forme de pouvoir, je me sens alors contraint car non d'accord avec elle. En clair : la politique n'est qu'une affaire de pouvoir. Ce sont les plus forts qui dominent et qui donnent alors, a posteriori, un fondement rationnel ou moral à leur pouvoir par le biais des institutions. Même s'il existe en soi des valeurs, leur non actualisation dans l'esprit de TOUS LES HOMMES EN MEME TEMPS rend impossible l'atteinte d'une société idéalement constituée. Ceux qui s'y frottent tombent toujours dans la tentation du totalitarisme. Pas de doute, tout n'est qu'affaire de pouvoir ici-bas. Conclusion ? Pourquoi devrait-on se demander quelle est l'attitude juste à avoir envers telles ou telles communautés puisque toute attitude, en dernier ressort, ne mettra jamais tout le monde d'accord d'une part et ne sera, en dernier ressort, que l'expression d'une puissance, d'un pouvoir a-légitime mais seulement nécessaire ou naturel ? Voilà une bonne question - mais fraichement, suis-je le seul à me la poser ? Je ne suis pas en train de dire qu'il faut faire tout et n'importe quoi (remarque à l’intention de ceux qui ne seraient pas habitués à philosopher par-delà bien et mal). Je veux seulement dire que, si l'on creuse attentivement l'origine de nos idéaux, de nos institutions les plus rodées, il y a toujours, comme le remarquaient déjà Nietzsche dans la Généalogie de la morale ou Marx dans l'ensemble de son œuvre, du sang... beaucoup de sang. Car si je crois que je suis un prophète de Dieu et que je dois comettre un attentat, en vertu de quoi me jugera-t-on ? Sur la base d'un code de lois auquel je n'adhère pas ? Non. Ce n'est pas la "justice" qui me jugera (puisque je n'appartiendrai pas à cette justice du fait de mes convictions) mais c'est un POUVOIR qui me jugera. Et aura-t-il besoin de se justifier ? Ce serait drôlement burlesque.

La Sociale a dit…

Si Dieu existe tout est permis!L'existence d'un espace public laïque suppose une certaine restriction de la liberté religieuse. Le principe politique de la laïcité est en lui-même contradictoire avec les principes religieux qui veulent naturellement légiférer dans l'ensemble de l'espace public: la loi de Moïse, pas plus que celle du Prophète, n'est une loi privée. Voilà une contradiction dont on ne peut pas sortir.
J'ai traité de ces questions ici: http://denis-collin.viabloga.com/news/si-dieu-n-existe-pas
et ici
http://denis-collin.viabloga.com/news/une-morale-laique-est-elle-possible
et encore ici:
http://la-sociale.viabloga.com/news/faut-il-vraiment-enseigner-la-morale-laique

MathieuLL a dit…

(un commentaire qui tombe à pic car il exprime en cinq lignes ce que j'essaye de dire depuis au moins trois semaines, aujourd'hui y compris).

Descharmes philippe a dit…

Merci cher Michel
Vous exprimez dans votre article, ce que j'essaie de faire comprendre sur ma position, par rapport à ces questions. Cela a le mérite d'être clair et avait besoin d'être clarifié et vous l'écrivez mieux que moi, alors: encore merci !

Michel Terestchenko a dit…

C'est précisément la séparation des Eglises et de l'Etat qui met l'Etat à l'abri des prescriptions religieuses normatives. Aucune loi, par exemple, n'est imposée par la loi coranique ou biblique, mais cela ne signifie pas que les religions ne doivent avoir aucune place dans l'espace public.
Quant à dire que si Dieu existe, tout est permis, il faut s'entendre et la formule est trop générale (et insidieusement méprisante) pour qu'on puisse l'accepter comme telle.
A quoi bon pratiquer l'art courtois et bienveillant de la discussion philosophique si c'est pour ne pas en respecter les règles ? Je vous prie : pas de réductions simplistes.

Michel Terestchenko a dit…

On ne construira aucune société apaisée et respectueuse des croyances des uns des autres sur la base d'une attitude, non seulement anticléricale, mais méprisante à l'égard des religions - une attitude pourtant typiquement française qui, décidément, n'a pas fini de régler ses comptes avec son passé.
Faut-il le rappeler : la loi de 1905 n'est pas dirigée contre les Eglises.

Michel Terestchenko a dit…

Jean Baubérot distingue la laïcité libérale (de la loi de 1905) et la laïcité intégriste qui trahit, à droite en particulier, une lepénisation des esprits - un mouvement qui n'épargne pas une certaine gauche radicale. Mieux vaudrait sur ce point suivre le parcours de Jaurès.

Emmanuel Gaudiot a dit…

La récente lecture de Jürgen Habermas me conduit, c'était prévisible, à un point de vue diamétralement opposé à celui de Mathieu. Pour Habermas, l'agir communicationnel fonde une personne dans et par sa relation aux autres. Chacun émet des prétentions critiquables à la validité que l'on peut, au choix, valider ou invalider. Ce qui est décisif, c'est la recherche d'un accord qui règle des actions. Ainsi considéré, le monde est fractionnable (et fractionné) en milliard de particules qui conduisent, promiscuité oblige, des actions communes. L'accord avec l'Autre est un chemin décisif puisqu'il propulse l'Autre dans un rôle d'alter ego.
Alors peu importe d'être semblables ou différents, il suffit de s'accorder sur une action, ou sur un principe de vie. Au contraire, cette division du monde en actions est un hymne à la diversité puisque l'on s'accorde sur des actions...
Quand à l'aspect public de la religion, il est une évidence ; il n'y a qu'a considérer le langage pour s'en convaincre : une action difficile est naturellement nommée un "calvaire", une bonne surprise est un "miracle"... ce qui peut faire tressaillir, ce sont certains pans des morales religieuses, par exemple en ce qui concerne la position soumise des femmes par rapport aux hommes. C'est là que l'Etat doit intervenir pour faire entendre le droit à la liberté. On peut critiquer les lois religieuses lorsqu'elles sont coercitives, que devient un Etat laïc s'il agit de façon coercitive envers les religions ?

Descharmes philippe a dit…

Je vous entends bien: la loi de 1905 n'est pas dirigée contre la liberté du culte, elle sépare seulement l'église de l'Etat et il faut donc, afin de ne donner aucune prédominance religieuse quelconque que , tout en respectant l'esprit de cette loi, dans les institutions , une neutralité soit respectée (école, hôpital).

Michel Terestchenko a dit…

Merci, cher Emmanuel, d'avoir introduit Habermas dans ce débat. C'est là en effet une voie salutaire et féconde qui permet de surmonter les fractures et les postures idéologiques.

MathieuLL a dit…

Bonjour Manu, je ne pense pas que ce soit contradictoire avec mon propos. Tu parles de s'accorder sur l'action, mu par un principe de vie... Eh bien, n'est-ce pas ma définition de la puissance comme celle de Nietzsche ? (Il faudra alors cesser d'étudier Nietzsche en philosophie pour son manque de courtoisie). Et c'est ce principe de vie, et rien d'autre, qui permet de s'accorder. Quand on commence à vouloir donner un fondement idéal ou moral à un type d'organisation, alors, je le répète et je suis catégorique même si cela doit me faire passer pour un drôle de bonhomme, ce type d'attitude mène droit à la violence et au totalitarisme. Voyez-vous, je ne vois pas pourquoi il faudrait toujours partir, en philosophie, d'une conception plus ou moins morale, ou plutôt moralisatrice pour taxer ensuite de discourtois des gens qui s'efforcent réellement de pousser le débat dans ses vrais retranchements... Car Nietzsche (pour reprendre le modèle en la matière) n'était pas, en fait, discourtois dans ses écrits, il s'est seulement efforcé de creuser les interrogations philosophiques (la philosophie du sous-sol)... ce que je fais à ma manière. C'est donc le CONTENU de ma pensée et non l'expression de ma pensée qui gêne... D'autant plus que, de façon assez surprenante, on ne m'a pas encore contré avec des arguments, mais seulement avec des sentiments. Or, tu le sais Manu, je ne suis pas un polémiste, mais je crois profondément que les bonnes intentions n'entraînent pas forcément les meilleures conséquences. Et voilà mon souci, et il est moral d'une certaine manière : interroger les interrogations elles-mêmes et montrer que les VRAIES solutions ne sont pas forcément celles qui plaisent le plus. Pourquoi, après tout, la politique et la vie humaine ne seraient pas qu'une histoire tragique ? Pourquoi veut-on mettre nous-mêmes de l'ordre là où il n'y en a peut-être pas ? On comprend donc le véritable souci des moralistes : ils veulent construire des morales car, sinon, le monde leur semble catastrophique. Finalement, ils pervertissent la morale elle-même en en faisant un MOYEN pour combattre ledit nihilisme. Et bien moi j'ai le courage de dire non, et ce par respect pour les valeurs elles-mêmes. Les valeurs sont une choses, la vie en est une autre. Et si c'est être discourtois que d'essayer de se montrer honnête en philosophie, eh bien, pratiquons le mensonge et fermons les yeux. Ça me fait d'ailleurs penser à ce qu'Alain disait, dans un autre contexte : "Lorsque l'on croit, l'estomac s'en mêle et tout le corps est raidi ; le croyant est comme le lierre sur l'arbre. Penser, c'est tout à fait autre chose. On pourrait dire : penser, c'est inventer sans croire." (Propos d'un normand)

MathieuLL a dit…

Enfin... le message ne m'était peut-être pas tout à fait adressé ! Mais c'est pas grave, ça pourra toujours servir...
sur ce, bonne journée à tous!

R. D. a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
R. D. a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
michel terestchenko a dit…

Cher Romain, il y a, du point de vue de l'Etat, 2 réponses possibles à ce conflit de la loi et de la loi. La réponse de Locke : en pareils cas,,on doit suivre sa conscience plutôt que la loi mais accepter en même temps la peine encourue (ou, en tout cas, le risque de la peine). L'Etat doit faire respecter la loi. C'est à l'individu d'assumer les conséquences de ses choix. Celle plus accommodante et libérale (chez Nussbaum par ex.) : autant que possible, l'Etat doit tenir compte des obligations de la conscience, pour autant qu'elles soient sérieuses et profondément inscrites dans les "valeurs" auxquelles un individu conforme l'ensemble de son existence, dès lors naturellement qu'elles ne portent pas atteinte aux intérêts majeurs et aux lois fondamentales de la démocratie.

R. D. a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Gewurz Tramine a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Gewurz Tramine a dit…

Gewurz (CCO) : L2 SEPAD
Bonsoir Monsieur,
je souhaiterais revenir sur la notion d'ordre public qui intervient dans cette phrase. "La laïcité est un principe
politique qui établit la neutralité de l’État en matière de religion, mais ce principe s'accompagne de l'obligation
faite à l’État de garantir la libre expression publique des opinions religieuses, dès lors qu'elle ne porte pas
atteinte à l'ordre public."

Or l'ordre public, pour le quidam qui n'a pas une connaissance très poussée du droit, est un concept très flou.

Le bon sens commun n'étant pas communément partagé, l'individu peut souvent ne pas comprendre l'opposition qui peut
parfois exister entre ses propres vues et la législation de l’État. Surtout quand il pense que son intérêt propre
peut être généralisé à l'intérêt commun.

Cette incompréhension peut alors se transformer en ressentiment puis en révolte. Et lorsque ces sentiments se
propagent de l'individu au groupe, c'est alors l'ordre public même qui peut être troublé par des décisions qui
avaient justement pour but de le restaurer ou de le maintenir.

Ces décisions, ou lois, peuvent être prises et comprises comme un rapport de force entre deux blocs, par exemple
dans ce contexte entre l’État laïc et la Religion. Pour éviter que ces décisions soient mal interprétées et mènent
au désordre public, une république dotée d'un gouvernement représentatif n'a-t-elle pas pour obligation de se
transformer en démocratie délibérative afin de rester cohérente avec ce principe de maintien de l'ordre public ?

Bien sûr il y a des discussions, par exemple on entend de temps en temps que les représentants religieux ont été
écoutés par certains représentants de l’État ou qu'il y a eu concertation entre des syndicats et le gouvernement.
Mais ces échanges apportent semble-t-il rarement des consensus, chacun campant sur ses positions.

En outre, ces concertations ne se font qu'entre représentants de groupes d'intérêts de sorte qu'au sein de chaque
groupe, la grande majorité des individus se sent souvent non représentée et manipulée. Ce mécontentement peut alors
finalement aboutir au désordre public.

Ainsi, la volonté de faire respecter l'ordre public (autrement que par la dictature des groupes économico-financiers
ou des factions militaires) n'a-t-elle pas comme conséquence de devoir établir une démocratie délibérative où les
échanges ne se feraient non plus entre représentants mais plutôt entre citoyens ?

Ces échanges permettraient d'éclaircir dans le grand public certains concepts dont le contenu est souvent vague.

S'il y a la volonté d'utiliser des concepts très généraux afin de pouvoir établir des consensus, rassembler
suffisamment d'interprétations différentes derrière la communication de mots clés, cela a aussi comme conséquence
contre-productive que ces concepts peuvent être ressentis par certains comme des blocs monosubstantiels. Si on prend
l'exemple du domaine religieux, des personnes peuvent placer derrière l'égide du concept de religion, la dimension
personnelle, pacifique de la religion et sa dimension conquérante, prosélyte voire sa dimension conflictuelle avec
l'ordre édicté par l’État (quel qu’il soit).

S'en prendre à un caractère de la religion sera alors interprété de la même façon que de s'attaquer à tous ses
caractères du fait de cette conception holiste et unitaire de la religion. Et la religion faisant partie intégrante
de l'identité, des lois ayant pour but de pacifier l'espace public seront interprétées comme des attaques identitaires
ou communautaires.

Échanger avec les individus permettrait d'éclater ces blocs conceptuels et leurs mauvaises interprétations, et de les
intégrer dans l'espace public, dans la chose publique afin qu'une meilleure compréhension des limites de chacun puisse
faire consensus.