On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

dimanche 17 novembre 2013

Victor Hugo, "Pensar, dudar"

"Pensar, dudar" [" Penser, douter "], Les voix intérieures, XXVIII, poème de Victor Hugo, daté du 8 septembre 1835, dans lequel il adresse à son amie et confidente, Louise Bertin, ses angoisses religieuses :

Quand on ne songe plus, triste et mourant effort,
Qu'à chercher un salut, une boussole, un port,
Une ancre où l'on s'attache, un phare où l'on s'adresse,
Oh ! comme avec terreur, pilotes en détresse,
Nous nous apercevons qu'il nous manque la foi,
[...]
Cette absence de foi, cette incrédulité,
Ignorance ou savoir, sagesse ou vanité,
Est-ce, de quelque nom que notre orgueil la nomme,
Le vice de ce siècle ou le malheur de l'homme ?
Est-ce un mal passager ? est-ce un mal éternel ?

Notre esprit contemporain douterait, pour le moins, que le manque de foi soit un mal tout court, voyant dans ces interrogations et ces tourments les reliquats d'une ancienne illusion, toujours persistante. Mais être certain que c'est cela et rien de plus, non, en ferais-je l'aveu ? je n'ai pas cette assurance ou, si l'on suit Hugo, un tel "orgueil". La sensibilité religieuse est entre les hommes une grande marque de division, selon qu'on l'éprouve ou qu'on y soit totalement étranger, mais elle n'oppose pas les croyants aux non-croyants. Pascal s'adressait à ceux qui, malgré leur absence de foi, pouvaient l'entendre, non à ceux qui ne voient là que des gémissements dont l'intelligence ou la raison nous libère. Entre ces deux camps, il n'est sans doute pas possible de trancher - qui est clairvoyant ? qui est aveugle et égaré ? - du moins peut-on savoir dans lequel on se trouve. Selon le cas, le poème de Hugo sera ou bien une simple rêverie poétique ou bien l'expression d'une angoisse douloureuse et sérieuse.
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