On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

samedi 23 novembre 2013

Responsabilité

On peut apprendre dès le plus jeune âge à jouer d'un instrument et atteindre, pour peu qu'on ait un peu de talent, un niveau qui ne sera peut-être pas celui d'un grand artiste ou d'un virtuose, mais permettant d'interpréter convenablement de magnifiques partitions, et il n'est pas impossible d'être formé et d'accéder à une certaine excellence dans la pratique d'un sport, mais qui nous apprendra les règles de l'art d'écrire et de maîtriser, un peu serait déjà beaucoup, les immenses possibilités de la langue ? C'est un apprentissage que l'on doit faire seul, l'école n'est d'aucun secours et nous restons avec un vocabulaire qui s'effiloche, une grammaire que l'on maltraite et de bien pauvres moyens d'expression. Comme cela est désolant ! Introduire un tel apprentissage dans le parcours universitaire serait une réforme utile et formidablement libératrice. Est-ce la raison pour laquelle il y a peu de chance qu'elle voit jamais le jour, se serait-on avisé d'y songer ? Il est vrai que les mots peuvent être des armes. Quel pouvoir voudrait s'exposer à l'insurrection d'une parole qui serait dotée de la puissance du style ? Je vois pourtant là un projet de réforme pédagogique profondément libéral. Il fut un temps, pas si lointain, où les polémiques étaient trempées dans la plume de grands écrivains et elles portaient loin. Nul ne les a remplacés. S'étonnera-t-on dans ces conditions de la pauvreté de nos débats ? Le fond se vide lorsque l'art de le mettre en forme se perd. Dans ces conditions, que pouvons-nous faire ? A défaut d'être formé, se former soi-même par la lecture et la pratique des grandes œuvres. Les effets de ce travail ne sont pas qu'individuels, ils sont politiques. Qui sait si ce n'est pas là une expression de notre responsabilité citoyenne ?
Enregistrer un commentaire