On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

lundi 7 septembre 2009

Courte remarque

D'où vient l'inefficacité, souvent soulignée, de l'imprécation morale, lorsqu'elle se présente sur le mode comminatoire du « Tu dois » ?
Si nous ne sommes pas en mesure de répondre à la question de savoir en quelle manière cela importe de vivre selon la rectitude, plutôt que de toute autre manière, égoïste, indifférente aux autres, etc., tout porte à craindre que les préceptes moraux resteront lettre morte. Or cet enracinement de la vertu dans le tout d'une existence qui vaut la peine d'être vécue de cette manière-là, et non d'une autre - précisément parce que c'est le propre de la « bonne vie » - est très généralement oubliée de notre approche moderne de l'éthique, quand elle n'est pas ouvertement rejetée, comme par Kant, ou suspectée d'être une modalité raffinée de l' égoïsme. C'est un argument particulièrement faux de voir dans la pratique des vertus un moyen (instrumental) en vu de la « bonne vie », tout simplement parce que les vertus doivent être pratiquées pour elles-mêmes, indépendamment de tout intérêt « égoïste », voire au détriment de ceux-ci.
S'attacher à cette imbrication de l'acte dans l'existence, prise dans son ensemble, impliquerait que l'on porte attention à la formation – dès l'enfance – de l'individu « moral » (i.e. bon, prudent, courageux, tempérant, etc.) plus qu'à sa liberté ou à son libre-arbitre, comprise comme une capacité de rompre absolument avec soi-même à un moment t de sa vie.
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