On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

vendredi 18 juin 2010

SEAD, témoignage de Pierre Trotin

Mille mercis à Pierre pour ce témoignage émouvant, qui fait chaud au coeur en ces temps de déprime universitaire :

"Il en faudrait beaucoup pour m’empêcher de hurler combien le retour sur soi qu'implique le programme des cours de philosophie du SEAD est désormais devenu important pour "des gens comme moi". Cela faisait longtemps que je voulais témoigner d'une façon ou d'une autre du bien que j'ai reçu de mes cours de philosophie ; la perspective du nouveau blog du SEAD me pousse à laisser éclater au grand jour cette profonde reconnaissance éprouvée à l'endroit de l'ensemble du corps enseignant auteur du programme de Philosophie, ainsi que le personnel administratif qui affronte les difficultés inhérentes à l'enseignement à distance.
"Des gens comme moi", disais-je, c'est-à-dire la quarantaine et plus..voire moins…Oui, la crise de la quarantaine, je sais...mais rien n'est moins sûr...Si la moyenne d’âge de mes amis de promotion d’apprentis philosophes est plus proche de la quarantaine, il n’est pas rare non plus de voir sur nos bancs quelque bien plus jeune étudiant.
Parmi nous donc, des patrons de PME, des psychologues, des informaticiens, des chirurgiens-urgentistes, des ingénieurs de l'aéro-spatial, des enseignants, des traders (hé oui…) également des travailleurs en lingerie industrielle puis un ami, qui se présente lui-même comme « balayeur-philosophe »….Suprême plaisir de partager ce qui nous ressemble, (insistons sur le mot), c'est faire appel à des valeurs qui nous transcendent par delà les apparentes différences sociales… plus rien n'est désormais quantifiable ni commensurable lorsque je rencontre mes amis apprentis philosophes... Et pourtant chacun d'entre nous reste un individu à part entière, irremplaçable il vient avec son bagage, rempli à loisir, "de coups de poing" comme le disait le chanteur, des plaies morales encore ouvertes, ou au contraire une joie de vivre inextinguible, une frénésie dont il ou elle se demande l'origine... Toutes et tous se rejoignent par delà leurs différences, leur expérience, mais il me semble, avec un irrépressible besoin de faire le point... A l'évidence cela ressort au cours des conversations que j'ai eues la chance d'avoir avec chacun d'entre eux... Des individus se rencontrent, laissent leur différence au vestiaire, sortant du "faire" entrant dans "l'être" : exit les "psy", les "traders" et autres "chirurgiens", bienvenu aux être humains... Les années de philo passant chacun tend à accoucher progressivement de sa valeur intrinsèque, cette valeur qui en fait des êtres humains uniques n'ayant à rougir de rien de leurs particularités devant un monde géré en vrac....
Il y a un besoin viscéral collectif je le crois d'aller dans ce sens...Comment vivre ensemble si déjà nous ne sommes pas parvenus à libérer ces forces intérieures de la pression extérieure ?
Aussi j'affirme qu'il y a presque un rôle de salubrité publique à la philosophie, au fond depuis Socrate Platon et Aristote on peut se demander ce qu'il y a de nouveau en matière de philo... Cette question est légitime mais surtout elle confirme un doute, celui que la philosophie est moins un savoir qu'un exercice continuel, un métier sur lequel il faut sans cesse remettre l'ouvrage. Il y a un "muscle" de l'être qu'il faut entretenir, un peu à l'image d'un musicien qui travaille ses gammes. Ce muscle me semble abandonné, oublié trop souvent et pourtant il ne demande qu'à s'exprimer... Chance donnée par le SEAD, qui plus est à des tarifs très abordables, puisqu'il faut bien en parler. Chance encore lorsque l'on sait que dans certains pays d'Europe la philosophie n'est pas enseignée. Comme j'aimerais être à nouveau à la place des futurs étudiants, qui vont un jour au cours de leur cursus se rencontrer eux même, surpris par l'image que le miroir philosophique leur retournera de leur propre être....

Merci encore vous, n'arrêtez jamais..."
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