On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

dimanche 5 septembre 2010

Largesse d'âme

La sagesse populaire a raison de dire que pour rester amis il ne faut jamais toucher un homme au portefeuille. N'est-il pas placé sur le coeur comme une plaque de métal qui repousse avec horreur la lumière du soleil ? Souvenez-vous des cris d'orfraie d'Harpagon dans L'avare de Molière ou du père Grandet chez Balzac. Me revient aussi en mémoire ce mot de Machiavel qu'un homme vous tiendra moins rigueur de lui prendre sa femme que son argent. De toutes les vertus, la plus rarement trouvée et, par conséquent, la plus digne d'admiration est la générosité ou, comme dit Aristote, la libéralité. Mais c'est une vertu aristocratique de grand seigneur, quoique, plus que les nantis, ce soient souvent les gens simples et de peu de moyens - il y a des exceptions pourtant, j'en connais et je les salue bien respectueusement - qui agissent avec cette largesse qui est une largesse d'âme. A quoi s'ajoute qu'il faut savoir donner comme il convient : non pas du bout des lèvres, ni en maugréant ou en humiliant le donataire, mais avec joie : généreusement, précisément. La beauté du geste réclame que le coeur y mette un peu de vraie chaleur. Mais combien cela est rare !
Cette avarice est-elle un trait psychologique universel ? Peut-être. En d'autres temps, les hommes ont pourtant eu l'intelligence d'instituer des comportements sociaux qui les prémunissaient de ce défaut. Dans certaines sociètés anciennes, archaïques même, le prestige et l'honneur, parfois même le pouvoir, n'étaient acquis qu'à proportion de la capacité de donner. De là vient que les riches avaient plus que les autres l'obligation et les moyens de la pratiquer, et de la pratiquer avec ostentation. Ce n'est pas que les hommes d'aujourd'hui soient devenus plus égoïstes - car enfin la recherche du prestige social est elle aussi "égoîste" ; il en est simplement que nos valeurs sont plus étriquées et elles ne favorisent certainement pas ce qu'il y a de grandeur dans la dépense.
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