On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

mardi 28 juillet 2009

Et si elles portaient le tchador ?

On s'emballe toujours, on monte sur ses grands chevaux lyriques - merci Monsieur Kundera de nous déniaiser ! - puis la réalité vous rattrape par les cheveux. Mon frère m'apprend que ces religieuses, que je présentais comme des cierges dressés au bord de la mer, en fait étaient venues assister... à une compétition de surf ! Bon, cela ne change pas grand chose : rien me m'interdisait de lire cette photographie avec mes propres yeux et de l'interpréter selon mes préoccupations personnelles, puisqu'elle était sans légende.
Plus intéressante et troublante est la question posée par notre amie, Lara : aurais-je fait le même commentaire si, au lieu de porter la robe des moniales, ces femmes étaient revêtues de la burqa ?
On le sait, une enquête parlementaire est annoncée prochainement sur l'éventualité d'en interdire le port en France (en certains lieux ? partout ? dans certains emplois, c'est déjà le cas) ; des "spécialistes" et des chercheurs en sciences sociales ont déjà été auditionnés par une commission ad hoc. Si le port de la burqa qui dissimule entièrement le corps, et le visage par une meurtrière, peut légimement être dénoncé - il ne s'agit d'ailleurs nullement d'une prescription vestimentaire inscrite dans le Coran - en va-t-il de même du tchador ?
Première question : l'obligation faite aux femmes de se couvrir entièrement le corps - mais est-ce toujours contre leur gré ? - est-elle nécessairement une aliénation ? Franchement, je ne sais pas. Du reste, je doute que la question soit bien posée, la notion de libre-arbitre étant infiniment problématique. Penser la liberté humaine indépendamment des appartenances culturelles, seraient-elles simplement locales, est plutôt illusoire. La question est vaste et fait l'objet d'interminables controverses. Je n'insisterai pas. Mais ce qui me paraît certain, c'est que la chosification du corps féminin, transformé dans nos sociétés en objet d'appétit sexuel (de la part des hommes, évidemment) n'a rien d'une libération. Je n'ai pas grande sympathie pour les expressions extrêmes du féminisme, mais je comprends et je partage leurs protestations lorsqu'il s'agit de dénoncer cet asservissement permanent au désir masculin. Les images données de la femme, dans la publicité par exemple, ne témoignent-elles pas également d'une véritable aliénation ? Le fait que les femmes se conforment librement à cette image donnée (exigée ?) d'elles-mêmes ne change rien à l'affaire. Y a-t-il moins de respect du corps féminin dans l'obligation faite de le couvrir entièrement, excepté les mains et le visage - le visage humain devrait toujours rester à découvert - ou dans les puisssantes incitations (symboliques, sociales, mais économiques aussi) à le rendre désirable ? Dans les deux cas, l'appétit sexuel masculin est là, comme en embuscade, soit pour déjouer sa violence prédatrice, soit, au contraire, pour l'inciter. C'est d'abord cela qu'il faudrait mettre en cause. Chez nous, et pas seulement dans les positions, en effet retrogrades, des Talibans que nous ne saurions tolérer.
Deuxième question qui porte sur la liberté des femmes qui serait ainsi bafouée par une contrainte religieuse archaïque. Le port du tchador ne serait admissible que lorsqu'il résulte d'un choix volontaire. Admettre ce principe serait déjà beaucoup demander à nos concitoyens dont la plupart auront bien du mal à envisager et à accepter qu'une femme, plus encore qu'une jeune fille puisse, aujourd'hui dans notre France moderne, décider librement de se couvrir toute entière. Or, c'est pourtant le cas, que cela nous plaise ou non. Mais on n'est pas en reste d'arguments : une telle décision, prétendrait-elle être libre, ne serait que la manifestation d'une aliénation inconsciente de la personne qu'il faudrait, donc, affranchir malgré elle de ces liens. Si elle est jeune et jolie, c'est franchement un devoir civique. Mais là, mes amis, on n'a pas fini ! Et puis, dites-moi, ce programme est-il seulement acceptable ? N'est-ce pas ce projet - faire le bonheur des hommes malgré eux (c'est-à-dire malgré leur ignorance, leurs passions aveuglantes, leur imbécilité) - qui a nourri toutes les entreprises totalitaires ?
Si le libéralisme politique a une vertu incontestable, c'est d'abord d'avoir compris que ni la société ni l'Etat n'ont à se prononcer sur les conceptions que les individus se font du bien et du bonheur et qu'il leur appartient de respecter la pluralité des conceptions que chacun s'en fait (pour autant qu'elles ne portent pas atteinte à l'ordre public et qu'elles respectent les droits humains fondamentaux). Cela s'appelle la tolérance ! Bien que ce principe ne soit pas sans restrictions, les limites à lui apporter doivent être mûrement réfléchies et justifiées.
Pour ma part, je le dis sans ambages, je serai ravi de vivre dans une société où les policiers au coin de la rue portent le turban sikh et je ne répugnerai pas être servi à la poste par une femme souriante portant le voile islamique ou revêtue du tchador. Eh bien, non, je ne doute pas qu'on puisse porter ce vêtement et avoir le sourire aux lèvres ! Certains ne l'admettrons pas ? Tout le problème est là !
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