On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

vendredi 14 janvier 2011

Le plaisir de déplaire

L'histoire se passe au mois de juillet dernier. Un de mes amis m'avait gentiment refilé le bébé, et pour lui rendre service - c'est pas possible comme on est parfois idiot ! - j'ai accepté de le remplacer (gratos) à une table ronde publique organisée par le MEDEF des Bouches-du-Rhône - maintenant, vous comprenez pourquoi ce ne pouvait être que du bénévolat - consacrée au thème "Le politiquement correct détruit-il le débat public ? ", enfin quelque chose d'approchant et sur quoi je n'avais rien de particulier à dire, enfin pas plus que n'importe qui. Mais c'est ainsi : vous avez une étiquette sur le front, philosophe par exemple, et l'on s'imagine que vous avez une opinion sur n'importe quel sujet. C'est vrai que pour beaucoup la philosophie, c'est parler pour ne rien dire, tout en faisant semblant de dire quelque chose de très intéressant (comme la politique, mais en moins lucratif). Enfin voilà votre beau parleur qui se trouve devant un auditoire d'une centaine au moins de patrons du coin, endimanchés comme de coutume, en compagnie de deux interlocuteurs (ah, mais j'étais chicos moi aussi, croyez pas !). Quelle erreur de casting, mes amis !
Je ne sais plus ce que j'ai raconté (en fait, j'ai répondu aux questions posées par le modérateur, lesquelles n'avaient rien à voir avec le thème de la réunion) qu'il y a quand même dans les entreprises un petit problème rapport aux relations de soumission et d'autorité - j'ai toujours dans ces cas-là mon petit Milgram sous le bras (ça peut servir, surtout en pleine affaire France-Télecom, avec ces employés qui se jetent par la fenêtre, rien que pour emmerder leurs patrons) ; que ce serait bien que les patrons se mettent à lire un peu plus de littérature, parce que dans la vie il n'y a pas que le profit, les ratios débit/crédit, les comptes d'exploitation et que les romans, ça vous développe l'imagination, alors quand il s'agit de se mettre à la place des autres, ce n'est pas inutile, n'est-ce pas ? - là, je vous garantis, j'ai senti un froid glacial traverser l'amphi. A la fin, applaudissements à peine polis. Ils étaient furieux, oh mais furieux comme de chez pas possible.
Aujourd'hui j'ai rencontré un des responsables de l'administration de Sc-Pô qui m'a confirmé, en rigolant, que les organisateurs ne décolèrent toujours pas. Il est chez vous, celui-là ? Oui, et nous en sommes fiers. Ca fait toujours plaisir d'être soutenu quand on vous fait un compliment. Franchement, je suis pas du genre à casser du patron, il faut dire que je n'en connais pas. J'ai plutôt du respect pour les hommes qui ont l'esprit d'entreprise. Mais là, oh mes amis... j'ai goûté à l'arrogance de l'inculture. Ca fait toujours du bien d'être dépucelé !
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