On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

mercredi 2 février 2011

Lorsque les peuples se lèvent

Lorsque les peuples se lèvent, c'est une réponse qu'ils apportent - et franchement, elle est ces jours-ci tumultueuse, splendide et bouleversante - à ce dont s'étonnait, à l'âge de dix-huit ans, La Boétie (1630-1663) dans son Discours de la servitude volontaire :

« Pour le moment, je désirerais seulement qu’on me fit comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois tout d’un Tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’on lui donne, qui n’a de pouvoir de leur nuire, qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal, s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui, que de le contredire. »

Mais, lors même que le tyran ou le dictateur est en mesure de leur "faire du mal", qu'il règne par la peur et la corruption, c'est encore la soumission consentie qui est la source véritable de son pouvoir. Ce que Vaclav Havel appelle "l'auto gravitation du système sur lui-même" dans un chapitre admirablement évocateur, "Le pouvoir des sans-pouvoir", de ses Essais politiques. Mon Dieu ! Si vous n'avez pas lu ce texte, précipitez-vous, c'est magnifique et la réflexion sur l'aliénation volontaire de la liberté dans les systèmes post-totalitaires (ou de "basse intensité", comme on dit), autrement dit, la "vie dans le mensonge", n'a pas pris une ride. C'est pourquoi, malgré les apparences, tout pouvoir dictatorial ou tyrannique est, en réalité, fragile et instable. Mais une chose est de le savoir en théorie, autre chose de voir cette vérité se réaliser historiquement. Lorsque les peuples se lèvent, l'édifice que l'on croyait solide et fait pour durer, s'effondre parfois en un instant. Et ce qui était hier seulement tout simplement impossible devient du jour au lendemain réalité, à la stupéfaction des acteurs eux-mêmes.
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