On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

samedi 11 octobre 2008

Guy Môquet, le cadavre était trop grand

"Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable, je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demi, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.Votre Guy qui vous aime.

Guy

Dernières pensées : vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !
Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d'enfant. Courage !"

La première décision de Nicolas Sarkozy, nouvellement élu président de la République, fut de demander que la bouleversante lettre d'adieu de ce jeune résistant communiste - dont le seul crime avait été de distribuer des tracts clandestins - écrite quelques heures avant son exécution, le 22 octobre 1941, aux côtés de 26 autres prisonniers du camp de Chateaubriant (Loire-Atlantique), soit lue dans tous les lycées de France. Quel ne fut le tollé d'indignations et de protestations, à gauche surtout, que déclencha cette décision.
Benoit Rayski vient d'écrire un formidable pamphlet, cinglant et lucide - Le cadavre était trop grand, Guy Môquet piétiné par le conformisme de gauche (Denöel, 2008), dans lequel
il dénonçe, avec un plaisir presque féroce, l'incommensurable niaiserie et bassesse des arguments qui ont fusé à cette occasion protestant contre la violence faite à la liberté de l'enseignant, contre la récupération par un homme de droite d'une figure qu'il appartient seule à la gauche de pouvoir honorer ; et puis cette lettre n'est-elle pas un peu ridicule, cul cul la praline, avec son adresse "Ma petite Maman chérie", et son appel au sens du courage et de la mort glorieuse ? Au reste, ne convient-il pas de la "contextualiser", parce qu'aujourd'hui Guy Môquet que ferait-il, sinon peut-être casser du flic dans le 9-3 ? Etc, etc...
Un bel exemple de ce genre d'arguments accablants de bêtise se trouve sur la première page du Monde.fr, consacrée à la lettre d'adieu de Guy Môquet :
"On peut respecter G. Môquet et trouver que la lecture de cette lettre est déplacée. 1. C'est le choix parfaitement arbitraire qu'un Président impose à ts les enseignants de France (Pourquoi ce document parmi des milliers d'autres ?) 2. Face au triste pleur d'un enfant qui va mourir, pourquoi ne pas proposer une lecture plus engageante de la D. Droits de l'Homme, bien moins culpabilisante, et surtout fondatrice des libertés démocratiques ?".
  • www.lemonde.fr
    Plutôt que de sombrer dans de tels abimes d'imbécillité - Rayski a mille fois raison - lisez donc le recueil, La vie à en mourir : Lettres de fusillés, 1941-1944 (Taillandier, 2003), dans lequel, à quelques heures de leur mort, ces combattants de la liberté parlent de foi, de sacrifice et de liberté, livrant une inoubliable leçon de courage et de dignité.
    Ne jamais donner d'exemples - pourquoi celui-ci plutôt qu'un autre ? et puis, un exemple de quoi ? de sacrifice, de courage, de résistance à l'oppression, du sens de l'honneur ? Tout cela est bien douteux, n'est-ce pas ? - mais s'en tenir à la connaissance des principes. Sûr qu'avec ça, l'esprit de système et d'abstraction, qui a donné le pire, a de beaux jours devant lui !
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