On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

mardi 19 avril 2011

Au royaume des utopies

Au royaume des utopies, les bourreaux sont rois. Cela est vrai s'il l'on voit dans l'invention imaginaire d'un monde rationnellement idéal, un modèle qui devra être réalisé dans les sociétés humaines de façon systématique. Tel est le propre de l'utopie totalitaire. Tout rêve cependant d'une société meilleure n'est pas de cette nature. On la voudrait respectueuse de la dignité de chacun avec un degré modeste d'inégalité qui éviterait l'ennui de l'uniformité et l'arrogance des mieux lotis – l'argent sera-t-il nécessaire ? Raphaël Hythlodée, le héros de More, n'en voulait pas et j'aimerais le suivre sur cette voie ; conviviale sans être transparente, avec un goût de la fête, des rites et des cérémonies, mais peu de lois, la prison sera le regard de désapprobation des autres ou alors, c'est l'exil ; entre hommes et femmes, comment fera-t-on ? Là, même la plus parfaite des utopies cale – au moins aura-t-on aboli le mariage et le divorce ; plus grand le prestige à mesure que l'on donne ; les écrivains, les poètes et les conteurs y seront princes. Ajoutez ce que vous voudrez à ce petit descriptif, on n'y arrivera jamais, c'est entendu. Il n'empêche ! On aura beau moquer les inventions du rêve et brocarder ces républiques qui ne furent jamais vues ni connues, les rêves sont aussi les véhicules de l'action. Ne sommes-nous pas fatigués de notre sens des réalités ? De fait, nous sommes à bout de devoir toujours, en permanence, « faire avec ». Et si tout d'un coup, c'était un grand NON ! Peut-être même est-ce la seule attitude raisonnable, s'il est vrai que la nature, elle, n'attend pas, n'attend plus et qu'il est peut-être déjà trop tard pour la sagesse des demi-mesures.
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