On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

jeudi 21 août 2008

La vie des objets


Un précédent billet - Le Yolanda - tenait que les objets qui sont le fruit de notre travail et dans lesquels se marque l'empreinte de nos aventures de nos passions pourraient bien avoir une "âme". L'idée est étrange, saugrenue et, bien sûr, on ne saurait la prouver. Pas plus au reste que la croyance que les hommes en ont une, et qui serait éternelle. Mais enfin, nous ne vivons pas seulement avec des certitudes que l'on peut prouver de la manière dont on s'assure qu'il pleut dehors ou que la gravitation est une loi de la physique. Les objets donc, ne les dotons-nous pas d'une vie à part, bien à eux ? Est-ce l'expression d'un esprit maniaque ou de vieille fille de vouloir qu'ils soient à leur place ? Cet ordre des choses, est-ce nous qui en disposons ou est-ce lui qui, secrètement, dispose de nous ? Que cherchons-nous lorsque nous plaçons les meubles dans une pièce ? A exprimer sans doute notre propre sens esthétique, notre goût personnel, encore que celui-ci dépende souvent d'influences qui nous échappent, la mode du jour et du temps présent. Fort bien ! mais il y a plus : nous cherchons inconsciemment l'ordre qui convient, qui a ses propres lois, et qui une fois mis en place nous contentera, nous apportera un sentiment de satisfaction et nous nous dirons alors : c'est bien ainsi, il n'y a rien à changer ! quoiqu'une autre disposition eût été possible et qu'un jour prochain, nous bougerons tout de nouveau.
Ainsi procède également l'artiste : que tous les élements de l'oeuvre - couleurs, sons ou mots - se tiennent nécessairement ensemble selon les contraintes formelles qu'il est seul à percevoir, que Kant appelle "une finalité sans fin". Cette nécessité n'est pas celle dont parle la physique ou la chimie, elle n'est pas faite de lois universelles, mais c'est bien cette nécessité, immanente à l'oeuvre, et tout à fait unique, dont avons l'idée obscure et qui nous guide librement - il n'y a pas là de contradiction - lorsque nous disposons les objets dans une pièce à notre guise et qui déploie toutes ses exigences inventives chez le créateur véritable.
Les philosophes ont des mots bien à eux, et qui font souvent peur, mais tout obscurs qu'ils paraissent et abstraits que soient leurs concepts, ils ne font souvent que dégager le sens de nos expériences ordinaires et de nos conduites quotidiennes
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