On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

dimanche 27 mars 2011

Jean Genet, Le condamné à mort

Un grand merci à Cécile Odartchenko, cet écrivain formidablement doué, que je découvre de jour en jour si pleine de vie, de désirs épanouis et de douleurs sublimées, et d'une vaste culture qui démarre au quart de tour, toujours prête à s'offrir généreusement - voici un bel exemple de son sens du don ; merci donc à elle de m'avoir fait parvenir ce poème admirable de Jean Genet, "Le condamné à mort", tiré de Pompes funèbres. De fait, ces vers de toute beauté résonnent en écho à la pendaison hautement symbolique du beau matelot christique, Baby Budd :

Os blancs et torturés cadeau d'un prince heureux
Palais de ma mémoire où s'enroule la peur.
Cette garde qui veille à ta porte, et ces fleurs
De lance, et cette éponge, ô mon Dieu, je suis là.
Je vous offre mon chant que tire votre oeil las
Comme un fil qu'on dévide par l'oeil, et mon corps
Evidé tout entier par ce léger fil d'or
sera fil de vos songes, réserve de pitié,
Clair enregistrement de vos harpes d'été.
Bobine précieuse, ö Dieu vos appareils
Ont tant besoin d'amour. Mes nuits et mes sommeils
Gardez-les pour qu'il dorme, écoutez-moi Seigneur
D'os cloués, d'os percés, récit venu d'ailleurs
Paradis refermés sur les rameaux tordus,
Bergère sans écho, clair de lune étendu,
Sur les fils du séchoir, marche, marche à travers
Les églises perdues des marbres de la mer.
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