On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

mercredi 19 février 2020

Brooke Maddux, Ecologie et résistance

Un grand merci à Brooke Madux, étudiante au SEPAD de l'université de Reims, de nous avoir proposé cette réflexion et ce témoignage sur le thème "Écologie et résistance politique".

Articuler souci environnemental et position politique a toujours été problématique. Le rapport de l'homme à la nature, à sa propre nature, et celui des hommes entre eux tel que la politique cherche à le comprendre et l'organiser, furent déclinés dans tous les siècles et par maints philosophes d'Aristote à André Gorz, Ivan Illich et Jean-Pierre Dupuy, en passant par Hobbes, Rousseau et tant d'autres. L'aspiration à l'absolu au cœur des mouvements écologiques les plus radicaux d'aujourd'hui (y-t-il besoin de rappeler que « radical » renvoie étymologiquement à « racine »?) amène certains à invoquer de nouveau le vieux spectre de « l'éco-fascisme ». Par bonheur, les discours humanistes sont bien présents pour contrer ces tentatives disqualifiantes et pour ramener ainsi sur le devant de la scène le souci du bien-être de l'homme. Mais qu'en est-il de la lutte écologique dans ces lieux où non seulement règne la misère (si bien distinguée de la pauvreté par Majid Rahnema dans son livre, Quand la misère chasse la pauvreté, 2003 Actes Sud), mais où le peuple est engagé prioritairement dans un combat contre l'oppresseur politique ?
Octobre 2016 : Je fais mes valises et un peu de ménage avant de rendre les clefs du dortoir quelque peu monastique mis à ma disposition par le Yafa Cultural Center dans le camp de réfugiés de Balata à proximité de Naplouse en Palestine occupée. J'avais soigneusement dressé à côté de la grosse poubelle noire une vingtaine de bouteilles de bière sans alcool dans l'espoir (qui s'est avéré vain) qu'elles bénéficieraient d'un tri. Mais quoi faire de la montagne de sacs en plastique empilés sur le frigo, vessies fragiles, marrons ou noires, vides et trouées, maintenant enduites de la poussière de plusieurs semaines, qui avaient servi à transporter houmous, pita et autres citrons verts dont je m'étais frugalement nourrie pendant 6 semaines ? Le problème ne m'était pas inconnu. J'avais déjà aperçu des coins de ruelles transformés en décharges, tenté de me frayer un chemin dans le camp between the garbage and the flowers, comme le fait le poète Leonard Cohen dans le royaume de Suzanne. Évidemment, me dis-je, cela ne peut être que le cadet de leurs soucis : l'environnement ne serait-il donc qu'une préoccupation de bourgeoise aisée occidentale à la recherche d'une bonne conscience à peu de prix ?
Hier, j'ai vu le documentaire, Système K, du cinéaste congolais Renaud Barret. Film stupéfiant où l'on voit un collectif d'artistes de Kinshasa en République du Congo créer objets et performances pour crier leur désespoir et résister aux mutations récentes de la colonisation. Un des artistes explique le processus : « Ça ne leur suffit pas (l'Occident, les multinationales) d'exploiter notre force de travail et de piller nos ressources (minières essentiellement). Ils nous expédient ensuite leurs déchets. » Et c'est avec ces déchets qu'ils s'approprient pour leurs performances – vieux téléphones portables et cadavres d'ordinateur cumulés dans un cloaque de quincaillerie – travaillés surtout par ces éléments premiers que sont le feu et la cendre, l'eau et la boue, qu'ils sculptent et dessinent, qu'ils se masquent. Le film s'achève sur un défilé sidérant où un homme est charrié à travers les rues de la ville dans une baignoire remplie du sang d'un animal sacrifié. Ses habits blancs s'en imbibent, son visage ruisselle du sang qu'il avale. Ainsi les métaphores « bain de sang » et « assoiffés de sang » sont-elles prises à la lettre du corps. La camera le quitte par moments pour s'arrêter sur une figure immobile au masque blanc qui porte dans ses bras l'animal sacrifié. (On pense à certains plans de la Médée de Pasolini, autre film où la modernité incarnée par un Jason, cynique et arriviste, produit des ravages inouïs sur la société traditionnelle que représente la reine de Colchide, fille du Soleil.)
Mais écologie et résistance politique peuvent convoler en noces plus sereines. Lors de mon dernier séjour en Palestine au mois d'octobre, j'ai eu l'honneur et le plaisir de rencontrer un faiseur de telles noces. Le Professeur Mazin Qumsiyeh est biologiste. De retour en 2008 dans son pays natal (il a grandi dans le village de Beit Sahour, non loin de Bethléem) d'un long séjour aux USA où il enseigna aux prestigieuses universités de Yale et de Duke, Qumsiyeh, avec sa femme Jessie, a créé le premier musée d'histoire naturelle de la Palestine. (www.palestinenature.org ). Malgré une douzaine d'arrestations pour résistance non-violente à l'occupation israélienne, il poursuit aujourd'hui, indomptable, ses nombreux projets : création d'un jardin botanique selon les principes de la permaculture et de l'acquaponie, d'un musée ethnographique, accueil de bénévoles venus de partout dans le monde, actions éducatives pour sensibiliser les jeunes aux questions environnementales dans un esprit de découverte, d'entraide et d'encouragement à l'autonomie. Le Dr Qumsiyeh évoque volontiers à ce propos un ancien proverbe chinois : I hear and I forget, I see and I remember, I do and I understand. (en français : « J'entends et j'oublie, je vois et je me souviens, je fais et je comprends. »)
Le professeur se définit dans la signature qui clôt ses « newsletters » comme  a bedouin in cyberspace, a villager at home. Pour lui, défendre sa Terre contre le colonisateur – nul besoin ici de rappeler que c'est la question « à qui cette Terre ? » qui déchire juifs israéliens et palestiniens depuis la fin du 19ème siècle – et défendre notre Terre commune, la planète, c'est un seul et même combat. Et au lieu d'opposer l'attachement à un « chez soi »,  a home, das Heim, avec ses relents casaniers de repli sur soi, à une notion de « citoyen du monde », de diaspora qui se teinte facilement d'idées sombres d'errance, d'exode et d'exil, le projet de Qumsiyeh introduit une dialectique pleine d'espoir. L'écrivain franco-libanais, Amin Maalouf, écrit en exergue de son livre autobiographique de 2004, Origines, que la différence entre les arbres et les hommes, c'est que les hommes ne sont pas plantés là, que s'ils ont des jambes c'est pour se déplacer. N'empêche qu'ils ont aussi des racines, familiales, culturelles, locales – et planétaires. De quoi redonner à la radicalité ses lettres de noblesse.
Voir cette courte vidéo (malheureusement en anglais sans sous-titres français) à https://youtu.be/BPhFLOsEIM0

7 commentaires:

Anonymous a dit…

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Anonymous a dit…

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Alex P. a dit…

La question qui me vient à l'esprit en lisant votre texte est la suivante : peut-on imposer autoritairement (contre la volonté des gens) des mesures écologiques, à des peuples pauvres ou riches ? Ou en d'autres termes : à quel moment un éco-autoritarisme deviendrait justifié? L'autoritarisme est bien sûr à éviter dans la mesure du possible quelque soit la situation. Mais n'y a-t-il pas des moments, des circonstances, qui justifient des actions autoritaires, de la contrainte ? Quand des policiers arrêtent des méchants, cette action n'est-elle pas considérée comme de l'autoritarisme par les arrêtés ? L'autoritarisme ne serait ainsi pas mauvais en soi, il y aurait des circonstances dans lesquelles il pourrait se justifier. En ce qui concerne l'écologie la question serait donc la suivante : à quel moment un éco-autoritarisme devient-il acceptable, et même nécessaire ? Si la planète arrive à un point de non retour climatique, qu'il nous faille absolument prendre des mesures draconniennes pour permettre la perpétuation de la vie humaine, alors un gouvernement éco-autoritaire, si la population ne veut pas de mesures écologiques, pourrait en effet être une solution. Le problème est de pouvoir déterminer précisément si nous sommes ou non, en ce moment, dans une situation nécessitant un écologisme autoritaire. Comment le savoir avec précision ? Les rapports du GIEC nous le disent depuis plusieurs années : la situation est plus qu'alarmante. Les gouvernements, en plus, ne réagissent pas. Mais la situation est-elle si catastrophique qu'elle nécessiterait l'imposition autoritaire de mesures écologiques, qu'elle pourrait justifier un autoritarisme ? Telle est une des questions qui pourrait se poser de façon de plus en plus intense dans les années qui viennent si l'inaction politique de gouvernements démocratiquement élus continue et si le climatoscepticisme gagne de nouveaux adeptes: l'essor de mouvement écologiste de plus en plus radicaux comme Extinction Rebellion le prouve. Comme la démocratie dépend du vote des citoyens, une éducation de plus en plus écologique et scientifique permettrait d'éviter des mesures autoritaires en développant des comportements responsables.

Guy V. (M1 Sepad) a dit…

Tout d’abord, je voudrais remercier Brooke, collègue charmante du SEPAD, pour son très bel article qui nous ramène à la réalité environnementale de pays pour lesquels les préoccupations premières sont tout autres. J’avais personnellement envie de réagir à la vidéo qui clos son propos. Cette vidéo nous montre l’humanité en acte dans un endroit du monde en proie aux conflits et à la guerre depuis des décennies. Hommes et femmes y travaillent à la création d’un musée d’histoire naturelle et d’un jardin botanique au milieu même de la misère des populations affaiblies. Ce qui touche dans ce reportage, c’est la lumière et la beauté de cette nature que le Dr Qumsiyeh et les personnes qui l’entourent tentent de ramener à la vie et à sa diversité. N’y a-t-il pas quelque chose d’essentiel dans cette démarche ? Transformer un terrain vague en un jardin coloré et vivant, n’est-ce pas un bel exemple de production humaine positive, comme une oasis lumineuse au milieu d’un désert de ténèbres ? La préservation de la terre et de la nature est affaire de tous et, sans verser dans un espoir hors des réalités, la petite vidéo de présentation du premier musée d’histoire naturelle palestinien nous rappelle que le vrai combat est de réunir plutôt que de séparer. Cette leçon d’humanité pourrait peut-être, soyons utopiques, donner une autre ligne de conduite aux dirigeants politiques.

maitre dossou a dit…

RETOUR AFFECTIF RAPIDE DE L'ÊTRE AIME
Les blessures d'amour font très mal si bien qu'on arrive pas souvent à oublier. Alors en amour, il vaut mieux prévenir que guérir. mais comme le malheur ne prévient pas,voici quelques solutions du puissant Maitre Marabout DOSSOU pour vous aider à retrouver votre sourire en cas de problèmes d'amour,retour d'affection,attirance et autres...
les rituels d'amour et de retour d'affection du maitre marabout DOSSOU
* Retour de l' être aimé
* Rapprochement affectif
* Magie rouge, Magie blanche, Magie noire pour l'amour
* Jeter un sort pour le retour de l'amour perdu
* Médium Marabout, rencontrer l'amour
* Mage spécialiste de l'amour
* Envoutement, desenvoutement d'amour
* Retour d'affection rapide et sans délais
* Rituel pour faire regretter quelqu'un suite à un acte posé ou dispute
NB: les rituels d'amour et de retour d'affection du maître marabout DOSSOU peuvent être fait à distance ou par déplacement

CONTACT MAITRE DOSSOU
E-mail personnel : dahvaudounon@live.fr
Tel ou whatsapp : +229 68 60 11 72
Site web: https://www.medium-voyant-retour-affectif.com/

Djogbe FIFA a dit…

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Dominique Wéber a dit…

Bonjour,
Je voudrais exprimer le caractère si essentiel, si vital que m'a inspiré l'article de Brooke, collègue que je souhaite saluer au passage pour sa présence vraiment enrichissante dans notre groupe d'étudiants.
Pour illustrer son propos, Brooke choisit de faire référence à des réalisations artistiques et éducatives qui font coexister dans son texte le sali et l'ensanglanté, avec des éléments apaisants comme un jardin ou encore des projets écoresponsables et éducatifs. Et ce sont ces contrastes qui me frappent, comme représentatifs du réel, et qui illustrent très crument la réalité du monde. Non pas seulement son image : la violence n'est pas comme tenue à distance par la mise en abîme d'une performance artistique transmise dans un documentaire, lui-même raconté par notre collègue, tant les images du documentaire telles que l'écriture de Brooke les donne à percevoir explosent au contraire au visage du lecteur (qui se fait d'emblée spectateur de Système K ). Non pas seulement une idée qui se forme dans la pensée, mais bien sa réalité phénoménale et palpable dans laquelle on plonge immédiatement.
Si la transformation des déchets en objets de création artistique, telle que la montre Système K, peut peut-être laisser imaginer une renaissance, reste que la dimension sacrificielle de toute une partie du monde est là, qui n'a d'autre choix que de se reconstruire sur les poubelles de l'Occident. Corps marqués, transformés (les artistes se masquent de la boue dont ils travaillent les déchets), corps qui évoluent dans un "défilé sidérant" (l'expression m'a justement sidérée), corps sacrifié à travers le médium de l'animal, violence du contraste entre les vêtements blancs et le sang… métaphores en effet prises à la lettre et qui de ce fait n'en sont pas. Le réel se lit ici très directement.
On assiste bien là à une cérémonie qui ressemble traits pour traits aux rites sacrificiels des mythes et des religions primitives, tels que René Girard les décrypte dans son ouvrage La violence et le sacré, sauf qu'au contraire de la plupart des cérémonies rituelles en question, le sacrifice représenté ici n'a pas de sens tellement son sens est criant de vanité : celui du sacrifice des uns sur l'autel du profit des autres. Bien sûr les artistes jouent ce sacrifice (et ce n'est bien entendu pas leur jeu, malgré sa violence, qui est vain), mais dans leur performance ne sacrifient justement rien à sa violente réalité. Cependant, si au-delà du fait d'alerter et de récuser, ils trouvent peut-être là un exutoire à l'immense désarroi des leurs, nous n'oublions pas ce qu'il doit y avoir de violent pour quiconque de représenter son propre sacrifice.
La suite du témoignage de Brooke construit une dialectique de la violence et de la non-violence, et c'est la "dialectique de l'espoir" portée par le biologiste palestinien qui permet alors de progresser. Car quel prétexte historique, culturel ou autre peut-il encore justifier un déchirement territorial, alors que résonne l'appel dramatiquement urgent de la protection de notre "Terre commune" ?