
Le nouveau site de mon frère Ivan, qui est un merveilleux photographe de renommée internationale :

Je voudrais trouver les mots pour exprimer ce que cette image évoque en moi. Mais comment ne pas être désemparé si l'on compare en esprit ces longs voiles blancs comme des ailes repliées d'oiseau avec l'exposition des corps nus sur les plages en été ? Ce n'est pas seulement pudeur d'un côté et indécence de l'autre : l'opposition est trop moralisante pour toucher juste. Non, c'est d'autre chose dont il s'agit. L'habit monastique nous paraîtrait a priori totalement déplacé en un tel endroit, mais cette photographie ne nous invite pas à rire ou à nous moquer. Elle produit un choc, nous révélant qu'il est une autre manière de vivre et d'être présent au monde dont nous avons, pour la plupart, perdu l'intelligence et le souvenir. La mer ne nous appelle pas nécessairement à nous dénuder et à nous jeter en elle - quoique nous plongions et nagions en elle avec une joie toujours nouvelle ; elle peut aussi se donner à voir et à contempler dans le calme ou l'étonnement. Le mouvement oblique de l'une des femmes indique la possibilité d'une telle surprise qui n'est pas curiosité mais émerveillement au spectacle de la beauté, sans doute partagé par celle debout à ses côtés. Les autres sont assises dans le silence et ce silence se communique à nous. Aucune ne semble prier, mais toutes donnent l'impression de se tenir dans la présence tranquille du sacré.