On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

mercredi 16 mars 2022

Le soldat nu ou la dépolitisation du monde.

Ce ne sont pas les citoyens des Etats qui déclenchent la guerre, mais les Etats et leurs gouvernants et si ces mêmes citoyens, généralement des hommes, s'affrontent ensuite à mort sur le théâtre des opérations, c'est que une fois revêtus de l'uniforme et intégrés dans un corps d'armée où ils devront obéir aux ordres de la hiérarchie, se réalise une sorte de transubstantiation négative où l'individu, dépouillé de sa singularité unique et du sens de l'humanité commune, est politiquement transformé en un « soldat » dont la tâche est de combattre et de détruire « l'ennemi ». S'il convient de placer ces mots entre guillemets, c'est qu'ils ne désignent plus les êtres humains et leurs relations que sous la forme atrophiée de pures et simples abstractions. Le combattant est désormais réduit à cette identité factice, quoique cette réduction soit rarement assez entière pour le conduire à s'engager et à combattre de tout son être ; quant à l'ennemi, il n'y aura pas grande difficulté à le déshumaniser, à le réifier, voire à l'animaliser et ce sera ou bien un « sale Boche », « un Jaune », « un cafard », tout ce qu'on voudra, les mots ne manquent pas à la propagande officielle pour conduire les hommes à se massacrer et à s'exterminer les uns les autres sans états d'âme. Tout cela appartient, on le sait trop hélas, au monde de la guerre, à sa rhétorique bestialisante, à sa raison meurtrière. Mais que se passe-t-il si, effaçant la figure abstraite de l'ennemi, de la cible à abattre, réapparait soudain la réalité de l'homme dans son humanité, sa fragilité et sa vulnérabilité ? Telle est l'expérience que fit Georges Orwell pendant la Guerre d'Espagne où il s'était engagé pour lutter contre le fascisme, et dont le récit se rapporte à de nombreuses expériences semblables1 :

À cet instant, un homme qui devait probablement porter un message à un officier jaillit de la tranchée et se mit à courir, complètement exposé, sur le sommet du parapet. Il était à moitié nu (half dressed) et, tout en courant, retenait son pantalon avec ses mains. Je m'abstins de tirer sur lui. Il faut dire que je suis un assez piètre tireur, guère capable de toucher un homme en pleine course à cent mètres de distance […] Reste que ce si je n'ai pas tiré, c'est en partie à cause de ce petit détail de pantalon. J'étais venu ici pour tirer sur des « fascistes », mais un homme qui retient son pantalon n'est pas un « fasciste », c'est manifestement quelqu'un de votre espèce, un semblable, sur lequel vous n'avez pas envie de tirer (and you don't fell like shooting at him).

La retenue dont Orwell fit preuve en cette occasion ne résulte pas de l'obéissance à un devoir moral ou à un commandement religieux qui se serait imposé dans sa majesté impérieuse et implacable. Ni la morale ni la religion ne permettent de rendre compte de ce qu'il éprouva lorsque apparut soudain dans son viseur ce soldat courant demi-nu sur le parapet, tenant à deux mains son pantalon. Toute la formidable entreprise mentale et idéologique qui avait placé sur l'ennemi l'étiquette générique de « fasciste » - et les guillemets indiquent très précisément cet étiquettage déshumanisant – s'était à l'instant même effondrée pour ne plus laisser place qu'à la vision d'un pauvre petit gars, surpris dans le comique et le dérisoire d'une condition commune, « manifestement quelqu'un de votre espèce, un semblable ». Ce n'est pas un interdit qui retint le doigt d'Orwell d'appuyer sur la gachette, rien de plus que la conscience que, dans cette situation-là et face à cet homme-là « vous n'avez juste pas envie de tirer ». Ce qui est bien peu au regard des obligations fortes de la conscience morale, mais suffisant, et c'est assez et c'est immense, pour arrêter l'entreprise meurtrière qu'autorise la guerre. Ce qui rend celle-ci possible, la condition de son déploiement, cesserait aussitôt si à chaque fois disparaissait la figure abstraite de l'ennemi, la cible à abattre, pour laisser place ce qu'il est réellement et que nous sommes tous : métaphoriquement, des êtres à demi-nus retenant des deux mains notre pantalon de tomber.
Si nous devions réunir en un seul trait le travail de « dépolitisation du monde » qui constitue selon Stefan Zweig, la tâche de l'artiste et auquel son profond pacifisme le conviait2, il tiendrait à soi seul dans ce petit détail du pantalon. Dépolitiser le monde, c'est échapper à l'enfermement politique auquel nous condamnent les Etats-nations, avec leurs frontières, leurs identités qui intègrent autant qu'elles excluent, et voir en tout homme ce semblable qu'il est, un pauvre petit gars, saisi à demi-nu dans son humanité fragile et vulnérable, que l'on ne peut ni viser ni tuer, non parce que cela est interdit – en cas de guerre, abattre l'ennemi est tout au contraire un devoir – mais parce qu'on en a tout simplement « pas envie », qu'on ne se sent pas de le faire. Le petit détail du pantalon que rapporte George Orwell est plus qu'une anecdote : présent à l'esprit, il suffirait à constituer, à soi seul, un coup d'arrêt à l'effroyable entreprise politique de destruction qu'est la guerre. Seulement voilà, l'emportent généralement l'étiquette qui fera de l'homme une cible, l'uniforme avec son arsenal d'armes de combat et le doigt sur la couture du pantalon, non pas abaissé, mais dressé sur les jambes d'un corps droit comme un I.

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1. Voir Michael Walzer, Guerres justes et injustes, chap. 9, trad.Simone Chambon et Anne Wicke, Folio, Gallimard, 2006.
2. L'expression « dépolitisation du monde », se trouve dans le chapitre intitulé « En quoi l'art et la science peuvent-ils contribuer à rapprocher de nouveau les peuples », in Ecrits littéraires, d'Homère à Tolstoï, trad. Brigitte Cain-Hérudent, Albin Michel, 2021, p.234.

8 commentaires:

Samuel a dit…

Celui qui ne prend pas les armes dans un conflit est souvent considéré comme un lâche. On comprend mal les "objecteurs de conscience", les "pacifistes", d'autant plus s'ils aiment leur "patrie". La plupart des films holywoodiens mettent en scène les héros qui décident de prendre les armes, qui se relèvent pour combattre la "noble cause", afin de mettre à terre le "pays injuste". Il est plus rare de voir mis en scène l'obstination d'un homme pour ne pas prendre les armes, quitte à y laisser sa vie et abandonner sa famille. L'imaginaire des hommes modernes est resté guerrier. La violence est même devenue un sujet culturel de divertissement grand public, la guerre est un thème banal. La télévision et les réseaux sociaux nous abreuvent de faits divers où les hommes s'entre-tuent. Les jeux vidéos relaient en masse ce réflexe de la violence jouissive.

Plus rare sont les films qui font l'apologie de l'objection de conscience, surtout lorsqu'il s'agit d'un homme qui s'oppose à une guerre injuste, en s'appuyant sur une histoire vraie. C'est pourtant le cas du film "une vie cachée" en 2019 de Terrence Malick : un homme, chrétien, accepte d'être exécuté plutôt que de prendre les armes contre les russes au service du régime nazi. Il pose cette question essentielle : devons-nous prendre les armes en tant que citoyen si l'on considère que la guerre menée par son propre pays est injuste ? La guerre du Vietnam avait fait émerger cette question de plus en plus fortement, au point que l'Etat américain soit forcé d'arrêter le conflit.

Qu'en est-il dans le conflit russo-ukrainien ? Dans sa trajectoire dictatoriale, la Russie étouffe autant que possible les actes de résistance de sa propre population. Nombreux sont ceux qui considèrent cette guerre injuste et le manifestent, au péril de leur vie. Ainsi de la journaliste qui s'est exposée courageusement à la télévision russe et s'est retrouvée en prison. La guerre moderne ne consiste plus seulement dans la confrontation des Etats-Nations et l'asservissement du peuple à une idéologie. Les réseaux sociaux ont cet avantage de permettre la diffusion d'informations de manière rapide et massive. Plus les drames humains seront connus et plus l'opinion publique russe viendra se retourner contre cette guerre qui lui deviendra de plus en plus insupportable.

La fin de la guerre ne viendra ni de la conquête ni de la défaite de l'un ou de l'autre des Etats nations. Ce n'est jamais le cas. Elle viendra comme toujours de l'apaisement des peuples et de la coopération au service d'une cause supérieure. La France et l'Allemagne l'ont appris, après beaucoup trop de sang versé. Les réseaux sociaux n'existaient pas. Cette nouvelle épreuve des temps modernes fera-t-elle émerger plus rapidement que dans la guerre du Vietnam la victoire de l'opinion publique sur l'idéologie d'un Etat ? La question reste ouverte à ce stade.

Aurélie Sbr a dit…

Je suis plus que d'accord avec vous sur le sujet. Je ne connaissais pas du tout l'histoire du soldat à moitié nu, retenant son pantalon avec ses mains tout en courant sur le champ de bataille de George Orwell. Et pour dire ce détail, qui est plus qu'une simple anecdote (là aussi vous avez raison), permet de se rendre compte de tout le déclin du concept d'humanité en tant de guerre. Si ce soldat n'essayait pas de retenir son pantalon de tomber à ses pieds, peut-être que George Orwell n'aurait pas eu cette envie de ne pas tirer précisément ? Peut-être aurait-il tué cet homme sans une once de culpabilité, ou en tout cas, l'acte de tuer l'autre aurait quand même été commis. C'est malheureux pour moi de l'admettre qu'il nous faut (nous les Hommes) voir "l'ennemi" comme vous dites si bien, perdre un pantalon pour se rappeler que cet "ennemi" est un être humain tout comme nous, nos familles, amis, et ceux qui combattent à nos côtés et dont tous ces êtres auraient pu être du mauvais côté de l'histoire, s'il y en a un.

Ce que dit Samuel est tout aussi très juste. La guerre, la violence, les armes sont devenues banales dans notre monde et à notre époque. Pourtant, notre monde continue d'évoluer et avec lui, la violence change peu à peu, les armes sont de plus en plus destructrices, la guerre de moins en moins un champs de bataille comme à l'Antiquité, au Moyen-Âge ou encore comme lors de la Première Guerre Mondiale. Dorénavant, nous n'avons - malheureusement - plus qu'à appuyer sur un bouton pour que des villes s'effondrent, des pays soient détruits, des soldats, citoyens, familles meurent.

La déshumanisation est bien l'une des pires choses qu'on a pu créée, malgré nous... et l'Histoire nous le prouve encore et encore... Le mieux que nous puissions faire est bien de ne jamais oublier le passé, nos erreurs déjà nombreuses et c'est pourquoi les commémorations existent aujourd'hui : pour que l'on se souvienne. Il faut maintenant apprendre à vivre avec, comprendre que ce que nous faisons, comprendre que nous ne faisons qu'un. Et alors que nous sommes tous l'"ennemi" de quelqu'un, nous devrions tous devenir l'homme qui court en essayant de retenir son pantalon des uns et des autres pour stopper tous ces conflits et ordres dont nous n'avons juste pas envie de faire et plus qu'inutiles.

Pierre VANEL a dit…

Le texte de M. Terestchenko comporte, me semble-t-il, certaines ambiguïtés.
Il va de soi que personne, pas même Hitler, n'aime la guerre pour elle-même; chacun préfère la paix, de même que la santé, la richesse et le bonheur sentimental, entre autres.
Le texte semble suggérer que sans frontières, états et armées, il n'y aurait plus de violence à grande échelle. La "dépolitisation du monde" entraînerait, si l'on comprend bien, la paix dans le monde.
Au XIXe siècle, deux courants de pensée peuvent être considérés comme allant dans cette direction : L'anarchisme "pur et dur", ni Dieu ni maître, ni état, ni frontières, ni exploitation du reste. La question de savoir comment faire fonctionner dans la réalité une telle société, à plus forte raison si elle est mondiale, n'est pas abordée. L'homme, naturellement bon, trouvera les moyens de régler les conflits sans violence ni coercition. Il est inutile de rappeler qu'aucune société n'a jamais fonctionné selon ses principes.
La marxisme quant à lui relie nation et nationalisme à l'exploitation de l'homme par l'homme, et donc préconise à terme l'abandon de la notion d'Etat, supposée aussi nuisible que celle de nation.
Chacun sait ce qu'il en est advenu : Non seulement les états se réclamant du marxisme, à commencer par l'Union soviétique, ont vu le rôle de l'Etat se renforcer jusqu'à devenir le modèle du totalitarisme, mais encore nationalisme et marxisme institutionnel ont convergé, particulièrement en Asie. L'idéal internationaliste de K. Marx ne s'est donc concrétisé nulle part, bien au contraire.
Il reste comme "modèle moral universel" entre les nations (sans les abolir) le modèle kantien, qui correspond dans une large mesure au modèle de l'ONU, qui lui-même reprenait celui de la SDN de l'entre-deux guerres. Ce modèle prône la résolution des conflits par la négociation et la prévention, en considérant, non pas que l'homme est bon, mais qu'il existe des valeurs universelles auxquelles chacun peut, et doit (le fameux "impératif catégorique") se référer.
Ainsi, Kant, dans son projet de paix perpétuelle, n'abolit pas les nations, et ne préconise pas non plus une seule nation mondiale : Il importe que des gouvernements vertueux se mettent en place, qui trouveront entre eux les moyens d'éviter les conflits.
A travers ce très rapide survol de quelques moyens envisagés pour éviter les guerres, une remarque s'impose : Tous ces moyens sont de nature politique. Aucune "dépolitisation" n'est envisagée. L'anarchisme lui-même est un projet politique.
Devons-nous en conclure pour autant qu'il n'y pas de lien direct entre "le politique" en général et la guerre, ou plus généralement la violence à grande échelle ? Certainement pas, mais force est de constater qu'en ce XXIe siècle, la guerre, certes, n'a pas disparu ; mais elle recule, en tout cas par rapport aux grandes hécatombes du XXe siècle.
Dans ce long et complexe processus de diminution des grands conflits armés, qui peut nier que la politique internationale au sens le plus noble du mot ait joué le rôle principal ? L'aventurisme politique d'un Vladimir Poutine est activement combattu par l'action politique de la majeure partie de la communauté internationale - et on peut légitimement espérer que ce combat sera victorieux.

Anonyme a dit…

Ce ne sont pas les citoyens qui déclenche la guerre mais bien la personne élue, le chef d’état représentant ces citoyens, ces personnes, pourtant ce sont bien eux, ces citoyens qui vont aller se battre dan une guerre qu’ils n’ont pas déclenchés. Qu’ils aient élus ou non le chef d’état en place, les citoyens de ce même pays lui doivent obéissances, et vont donc aller défendre leur pays, qu’ils en aient l’envi ou non, ils obéissent aux ordres de leurs supérieurs.
Dans ce genre de cas les citoyens sont en quelque sorte déshumanisé, comme si le chef d’état était un joueur d’échec, qui se tient donc hors du plateau d’échec, et qu’il déplaçait à son bon vouloir ses pions, ses cavaliers…etc sur le plateau afin de mettre en échec et mat’ son adversaire, cette déshumanisation des combattants les transforme malgré eux en soldat. Cela peu sembler paradoxale, d’envoyer des citoyens combattre sans qu’ils en aient décidés, puisque l’on peut douter de leurs investissements et de leurs soifs de victoire. Cependant comme le décrit Georges Orwell dans l’extrait que vous avez sélectionné, cette déshumanisation des soldats peut être reconnus par les soldats ennemis, puisque ce n’est que le chef d’état qui déshumanise ses soldats en les envoyant se battre, cependant il est possible que cela soit la même chose dans le camp adverse, auquel cas cela serais pire d’un point de vus moral des dirigeants puisque une grande partie de ceux qui se battent et meurent au combat, se battrais et mourrait pour « rien ». Cependant cela peut aussi créer une sorte de compassion d’un camp à l’autre entre personnes qui ont été forcés de se battre, puisque dans l’extrait de Georges Orwell, celui qui tient le fusil pense reconnaitre en son ennemi, quelque chose qui montre qu’il n’est pas profondément fasciste, mais qu’il se bat pour son pays de gré ou de force, et que celui à qui on a collé une étiquette « d’ennemi » est tout comme Orwell un humain, et de surcroit peut être un humain qui n’a pas choisis de se battre pour la cause qu’il défend. Il y a dans ce cas là une réelle conscientisation des combats et une forte conscientisation de ce que c’est qu’être humain, ainsi que la reconnaissance de ses semblables. Cependant cette « réhumanisation » du soldat à eu lieu puisque ce dernier retenait son pantalon dans une acte profondément humain, ce qui à touché Orwell dans son état d’humain également, mais nous sommes en droit de nous demander, si ce soldat courrais de manière tout à fait normal, sans retenir son pantalon, si Orwell se serais abstenue de le viser également. Ou si son pantalon ne chutait pas et de fait que son allure soit une allure de course tout à fait normal, n’aurait pas eu l’effet contraire ? Orwell l’aurait-il alors considéré comme l’homme à abattre du fait qu’il ne se contente que de courir et que cela pourrait donner une impression de bon soldat, voulant accomplir sa mission du mieux possible, avec dévouement donnant par la même, une plus grande importance au message qu’il porte et tente de transmettre à un point B.
SCRIB

KLG a dit…

La guerre n’est pas me semble-t-il, une activité totalement extérieure à la nature humaine. Elle est une manifestation de la violence, un moyen d’assouvir une domination. L’homme ne refuse pas la guerre. Le combat fait partie même de son instinct. La paix est une construction qui est bien sûr légitime et vers laquelle il faut tendre mais qui n’est pas forcément quelque chose de plus naturelle que la violence.

Il suffit de regarder les cours de récréation d’écoles pour s’apercevoir de la violence avec laquelle certain assouvissent leurs dominations sur leurs camarades. Les cas d’harcèlements en sont un exemple flagrant. Néanmoins l’anecdote de George Orwell montre que quand on se bat pour une institution, pour une idéologie, on oublie bien souvent que ce sont contre des personnes qu’on se bat et une personne ne se dévoile pas dans ses idées ou dans ce qu’elle veut montrer mais bien dans ce que son attitude trahie, son naturel. C’est en reconnaissant le naturel le non réfléchi chez l’autre qu’on découvre aussi son humanité, celle-ci reflétant la nôtre.

Qui peut dire si Orwell a raison de ne pas tirer sur cet homme? Après tout,la fragilité qu’il montre en tenant son pantalon ne fait pas de lui un innocent. Peut-être le lendemain cet homme n’aurait pas hésité une seule seconde à appuyer sur la gâchette. Déterminer ce qui tient de l’idéologie et ce qui tient de la nature humaine me paraît être une tâche extrêmement ardue voire impossible. Il est indéniable que certains sont entrés en guerre pour une idéologie alors que jamais il n’aurait été capable d’un conflit avec un autre homme mais il est aussi indéniable que certains y voit un moyen d’assouvir leurs besoins de violence.

Vous dîtes que ce n’est ni un devoir moral ni la conscience religieuse qui l’a arrêté. Peut-être est-ce son éducation. Il n’est pas certain que l’homme soit bon naturellement. Le fait de se retenir de tuer un être qui nous paraît fragile n’est pas inné. Il suffit de voir le traitement que l’on réserve aux animaux,les chasseurs tuant «pour le sport» ou les afficionados de Corrida. Il est vrai que les animaux, même si nous avons fini par leur accorder des droits, ne nous sont pas semblables. Néanmoins il ne faut pas oublier les situations, par exemple de tabassages en règle, qui sont malheureusement monnaie courante, où certaines personnes s’acharnent sur d'autres justement car elles sont faibles, car elle ne représente pas de menaces et parce qu’elles sont faciles à écraser.

Ainsi, je ne suis malheureusement pas certain qu’un homme n’ayant pas reçu l’éducation d’Orwell, n’aurait pas tirer sans même une hésitation.

Il me semble qu’en s’abstenant de tirer, Georges Orwell agit en tant qu’homme de lettres, en tant que personne qui réfléchit avant d’agir et pas comme quelqu’un qui se laisserait guider totalement par son instinct.

S’il n’a pas tiré c’est parce que qu'il est Georges Orwell, et qu’il a vu ses propres faiblesses chez l’autre.

Ce qui a sauvé cet homme c’est l’éducation qu’Orwell a reçu avant l’endoctrinement, avant la propagande. C’est, me semble-t-il, l’éducation, celle que l’on dispense à l’enfant dès le plus jeune âge, qui permet de déterminer son rapport aux autres.

Je pense que cette histoire est néanmoins porteuse d’espoir, car, que l’homme soit «bon» par nature ou non, elle montre que l’éducation d’une personne lui permet de développer ce que l’on nomme communément :son «humanité», en fait son empathie, sa capacité à voir l’autre comme un semblable, et ceci de façon instinctive. Ainsi en éduquant les hommes à être proches des autres, en leur apprenant à les voir, même s’ils sont d’un autre pays, d’une autre culture, d’une autre religion, comme leurs semblables, alors nous pourrons garder un espoir que ces personnes ne verront plus de différence mais s’uniront et ainsi perdront tout intérêt de domination les uns sur les autres.

Le problème étant, bien entendu, que c’est en grande partie la politique qui détermine l’éducation et que sans un changement d’éducation, la politique ne peut changer.

Aurélien chopin a dit…

la guerre est pour l'homme un moyen d'exprimer ses idées sa pensée, son mode de vie vis-à-vis d'une autre société humaine différente de lui, quand l'individus emploie la guerre c'est pour à la fois assouvir un besoin de domination de montrée que sa culture que son mode de vie et supérieur aux autre sans pour autant cherchant à comprendre les autre modes de vie, on peut prendre par exemple l'empire romain qui avait pour but d'annexer des territoires étranger, après cette prise de pouvoir sur l'autre au lieu d'esclavagé le perdant il le laissé vivre et de plus est-il le faisait intégrée la société romaine certes pas forcément comme un citoyen romain, mais jouissais de droit qui lui était propre et pouvait même finir par prétendre à devenir citoyen romains, ceux qui faisais de lui un individus ayant adopter pleinement un nouveau mode de vie alors que cela aurais pu simplement lui causé la mort si la guerre était simplement une question de supériorité physique. Cela montre que la guerre est une question de politique et aussi une manière de rayonné à travers le monde comme étant une société moderne par son mode de vie qui est adopter par une majorité de culture différente même si cela est fait par a force.
En quoi la guerre est un outil d'expression qui se veut inutile à nos jours ?
la guerre est un acte de grande violence ou la vie humaine perd tout importance, un homme n'est plus un à partir du moment qu'il est en habit militaire car cette habit le dépouille de toutes son individualité il n'est plus que l'outil des gouvernement et de la société qui l'utiliseront pour exprimer sa force, sa grandeur si on peut dire et de cette façon la société accepte le sacrifice de milliers de vie au nom d'un concept, d'une idéologie ou d'un mode de vie qui se voudras plus important que la vie de ses propres utilisateur, on peut prendre l'exemple de la guerre en Ukraine, cette guerre est faite non par besoin économique, sociale ou humaine mais par envie de redonné le symbole de sa grandeur impérialiste à la Russie par le biais de sa puissance militaire qui est censé faire telle la deuxième plus grande puissance mondiale militairement face à l'Ukraine qui est vingt-deuxième du classement mondiale. Et pourtant malgré cette puissance militaire cette tentative de prouvé au monde sa grandeur seras un échec puisque La Russie fit mise en difficulté militairement par un pays qui n'avait aucune chance de résister face à une telle puissance militaire. Ceci montre parfaitement de nos jours l'inutilité de la guerre pour montrer sa grandeur face au reste du monde de la nation, en plus de tuer et de détruire l'individualisme des soldats de cette guerre et des autres acteurs de celle-ci tel que les civils.
Ainsi on peut comprendre que la guerre ne devrait plus avoir lieu d'être puisqu'elle est devenue obsolète pour cette époque ou les armes de destruction massive existe et qui si utiliser mettra fin à la civilisation humaine, nous vivons dans une époque où la guerre est une guerre psychologique et non physique par le fait qu'elle est automatisé et que l'humain n'est rien de plus que de la chair à canon qui ne devrait jamais être utilisé ainsi.

Chopin Aurélien
M1 philosophie EAD Reims

Marie a dit…

Pour Rousseau, « la guerre n’est point une relation d’homme à homme, mais une relation d’État à État, dans laquelle les particuliers ne sont ennemis qu’accidentellement, non point comme hommes, ni même comme citoyens, mais comme soldats ; non point comme membres de la patrie, mais comme ses défenseurs. ». Il est vrai que même si ce sont les soldats qui vont à la guerre, ce ne sont pas eux qui font la guerre, du moins pas au sens littéral. Ce ne sont pas eux qui vont déterminer les stratégies de guerre. Ils ne sont qu’un moyen de parvenir aux fins, aux ambitions des États, ou des nations, qui ont déclenché la guerre.
La plupart des soldats qui partent en guerre ne font pas la guerre parce qu’ils partagent profondément les convictions et les raisons pour lesquelles leur pays est en guerre, mais parce qu’ils sont simplement envoyés à la guerre, ils en sont contraints (particulièrement à l’époque). Leur opinion politique sur la situation n’est en aucun cas un frein pour les États, et ne devrait même pas en être un pour eux-mêmes. Ils doivent juste comprendre quel est leur ordre de mission et l’exécuter (ce qui est relativement simple: tuer l’ennemi).

Comme vous le soulignez dans votre publication, un soldat est en fait un individu qu’on a d’abord dépouillé de sa singularité unique et du sens de l’humanité commune pour ensuite le transformer politiquement en une machine destinée à combattre et à détruire l’ « ennemi ».
Dans son traité de stratégie militaire « L’Art de la Guerre », le général de guerre Sun Zi illustre parfaitement cette problématique. Il dit que pour planifier une guerre, on doit comprendre fondamentalement la pertinence de cinq facteurs décisifs, dont le premier est ce qu’il appelle le « sens moral », l’influence morale. Il affirme ainsi: « Le Sens moral met le peuple en harmonie avec son souverain, de sorte qu’il le suivra sans crainte dans la vie comme dans la mort. ». Les soldats pensent alors, inconsciemment, s’engager politiquement dans leur guerre parce qu’ils suivent le « sens moral » dont leur souverain (ou leur pays) a fait l’éloge. La guerre est soumise à la politique, et pourtant ils n’ont pas besoin de se positionner, d’avoir une opinion politique: ils ont juste besoin de suivre les ordres. En somme, la guerre retire à l’Homme ce qui fait de lui un Homme: sa conscience. Les soldats n’ont pas besoin d’avoir une conscience pour suivre les ordres et tuer. D’ailleurs, l’idéal serait même qu’ils n’en aient pas, si l’on suit la « logique » de la guerre. Les meilleurs soldats sont ceux qui ne cherchent pas à savoir si politiquement leur pays a raison de faire la guerre ou non, et ceux qui s’abstiennent de toute moralité. Si Orwell avait aveuglément suivi les ordres, sans se soucier de ce que sa conscience disait, il aurait tiré sur cet homme.
On déshumanise un homme pour en faire une arme, tel est le principe même de la guerre.

Anonyme a dit…

La question de la déshumanisation organisée au niveau étatique à l'occasion des guerres est particulièrement bien résumée dans cet article, et cette "anecdote" tout sauf anecdotique de George Orwell est bouleversante puisqu'elle illustre cette distance terrible qui peut exister entre deux hommes en temps de guerre, des hommes devenus des uniformes et débarrassés de toute personnalité ou singularité . Stefan Zweig en parle également en décrivant ses difficultés à son arrivée en Angleterre : même après avoir perdu sa nationalité autrichienne, et avoir été contraint à la fuite de son pays par l'idéologie nazie, la propagande de guerre avait tellement imprégné l'esprit du temps qu'il mit du temps à se défaire d'un statut latent d' "ennemi". Quatre-vingts années après son émouvant testament livré dans Le Monde d'hier à la veille de son suicide, qu'en est-il de l'universalisation des idées ardemment espérée par Zweig? Parvient elle à lutter contre la nuit de la guerre ? Peut-on encore espérer un progrès de l'humanisation globale du monde ?

Tout d'abord, il faut noter que l'utilisation grandissante des armes de longue et très longue portée ne peut qu'accentuer le phénomène de déshumanisation des différents acteurs d'une guerre : il est de moins en moins question de tirer sur un homme à demi-nu à cent mètres, et de plus en plus de programmer des envois de missiles au plusieurs milliers de kilomètres, sur des cibles qui ne sont plus que des coordonnées GPS.

On trouve bien sûr dans l'unique utilisation de la bombe nucléaire un exemple effroyable de la mise en œuvre de techniques de guerre ayant un potentiel d'anéantissement qui est doublement difficile à concevoir : d'abord, comment prendre conscience d'un tel nombre ? Et deuxièmement, il s'agit de tuer un nombre immense en un geste, en une décision : la même décision aurait elle été prise s'il s'était agi d'exécuter un par un des dizaines de milliers de civils en une journée ? On ose supposer que non. Depuis 1945, l'utilisation de l'arme atomique est d'ailleurs considérée comme une limite infranchissable, un point de non retour dans l'horreur et l'irresponsabilité. Devenue arme de dissuasion, elle n'en reste pas moins une arme qui existe et qui est à la portée de bon nombre de gouvernements, et on ne peut qu'espérer que ceux-ci aient au moment de la prise de décision une petite pensée pour les centaines de milliers de petits hommes retenant leurs pantalons qui risquent d'être anéantis.

Cependant, cette technicisation du monde a également quelques conséquences positives : la guerre ouverte devient une sorte de dernier recours à l'ère de la mondialisation, et elle est retardée autant que possible par une guerre d'une autre sorte, guerre d'influences entre puissances faisant peser dans la balance toutes sortes de sanctions politiques, économiques et financières dont l'impact est supposé se substituer à celui d'une lutte armée.

Il n'est donc plus question dans notre siècle de trêve au milieu du "no man's land" sur le front le soir de Noël. Il semblerait que la guerre moderne soit de plus en plus encline à effacer et à mettre à distance l'humain et les éventuelles victimes humaines dans la prise de décision une fois déclarée. En revanche on constate également qu'elle arrive plus tard, et que l'entrée en guerre des puissances démocratiques soit souvent troquée contre une prise de position d'une autre sorte, ne mettant pas directement en jeu des forces humaines. La question qui se pose alors est la suivante : éviter la mise en œuvre de moyens plus directs pour s'opposer matériellement à l'avancée d'un pays agresseur dans un autre est-il suffisant?