On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, Pascal

jeudi 5 février 2009

Le diable dans l'histoire

Pour revenir sur ce que nous disions dans le précédent billet, cet extrait des admirables entretiens d'Alexandre Wat avec Czeslaw Milosz, publiés sous le titre Mon siècle. Confession d'un intellectuel européen (L'Age d'Homme, Editions de Fallois,1989) :
"A partir d'un certain moment, chez les Soviets, j'ai réellement senti que pour un homme d'aujourd'hui il était extraordinairement difficile de croire en Dieu, mais qu'il était aussi extraordinairement difficile de ne pas croire au Diable, peut-être même plus difficile. Dans un essai intitulé La mort d'un vieux bolchevik, je raconte, pas très bien (je laisse cela de côté pour une description plus ample) un moment que j'ai vécu à la prison de Saratov. C'est ce jour-là que j'ai compris ce que c'était que le diable dans l'histoire. Ce jour-là, le communisme m'est apparu sous une figure diabolique. Et au fond, bien qu'il m'ait fallu reprendre mes esprits, je suis devenu un homme très normal, qui lit les soviétologues, qui s'intéresse aux problèmes économiques. Mais c'est la base. Que je le veuille ou non. Cet élément diabolique est devenu la base de ma compréhension du communisme, disons du totalitarisme, car enfin l'hitlérisme est aussi une de ses formes, en tant que réaction au communisme. C'est le diable ! Cette idée ne m'a jamais quittée. Et si j'ai parlé d'avilissement, c'est aussi d'une véritable diabolisation, qui est aussi trivialisation" (chap. III, p. 71).
A ce moment de sa vie, Alexandre Wat ne s'était pas encore converti au christianisme. Mais gardons-nous de croire que le diable n'est pour lui qu'une métaphore. Il percevait l'engagement des hommes dans les systèmes totalitaires comme une véritable possession démoniaque. L'insupportable maladie neurologique qu'il contracta et qui le devait le conduire à la mort volontaire, il la comprenait comme une expiation de ce qu'il appelle son "avilissement" : "C'est dans une prison communiste qu'est survenu le retour complet à la raison. Et depuis ce temps en prison, en déportation, en Pologne sous le communisme, je ne me suis jamais permis d'oublier mon devoir élémentaire : payer, payer de toute ma personne pour ces deux ou trois années de démence morale. Et j'ai payé." (ibid.)
Je songe encore au dernier roman de Norman Mailer, Un château en forêt (Plon, 2007) dans lequel le narrateur, Dieter - nous apprendrons qu'il s'agit en réalité d'un lieutenant de Satan - relate la possession démoniaque de la famille d'Hitler, en particulier au moment de la conception d'Adolf. Le roman n'est pas très bon, il me semble, mais l'idée dont il se nourrit est, elle, saisissante. On ne s'en tirera pas en mettant tout cela au compte de fanstamagories religieuses. Mailer n'était ni croyant ni chrétien, l'hypothèse de Satan lui apparaissait cependant d'une grande fécondité. Je le crois aussi. Souligner la fécondité d'une telle hypothèse ne consiste pas à prouver qu'elle soit vraie (ce qui est, bien sûr, impossible).
Enfin, quel est le titre que le grand psychosociologue américain, Philip Zimbardo, a donné à son dernier ouvrage, dans lequel il expose ses analyses sur les mécanismes de la destructivité humaine depuis la fameuse expérience sur la prison factice de Stanford dans les années soixante-dix jusqu'à Abou Ghraib ? The Lucifer Effect !
Merci à Pascal de me rappeler, dans la même veine, Le Maître et Marguerite, de Boulgakov que j'avais oublié d'évoquer.

mercredi 4 février 2009

Misère de l'esprit

Les préoccupations du jour nous emportent dans leur permanente surenchère, mais j'ai écouté hier soir l'émission "Du grain à moudre" sur France Culture consacrée au Mal dans l'histoire. La question était de savoir si la notion peut s'écrire en majuscule. Réponse unanime des invités, avec les cris d'orfraie qu'on imagine : le mal ne peut être que pluriel, et pour le comprendre (ou le conjurer) faisons appel à la politique, à la psychologie, à la morale (quoique là...) mais envisager une métaphysique du Mal ou du Bien, c'est le péché capital. Evidemment personne ne s'est sérieusement expliqué sur les raisons ni sur les conséquences potentiellement nihilistes d'une telle position philosophique qui par les temps qui courent est indiscutable. Devant tant de pauvreté - de misère ? - intellectuelle, il y a de quoi redevenir ... platonicien. Car enfin on peut bien soutenir qu'il n'y a que des maux particuliers, si à chaque fois nous parlons du mal, on peut bien se demander, avec Socrate, de quoi l'on parle, quelle est la nature ou l'essence de ce mal dont il s'agit. A défaut de vouloir fonder une métaphysique du Bien et du Mal - tel n'est pas mon propos - la question ontologique demeure. Pour ma part, je soutiens à contre courant que le Mal tout comme le Bien se donnent parfois à voir, qu'ils se manifestent dans une épiphanie à la fois énigmatique et évidente. Treblinka était le lieu du Mal, le lieu de la manifestation d'un Mal absolu, tout comme, à l'inverse, les actes de bienveillance et d'humanité attestaient que le bien n'est pas un vain mot, dénué de sens. Ce n'est pas en tentant d'expliquer pourquoi les hommes se comportent dans certaines circonstances avec une docilité destructrice ou, au contraire pourquoi ils résistent - j'ai moi-même consacré de longues études à ce sujet - que l'on répond à l'interrogation de savoir de quoi l'on parle. A mes yeux, il s'agit de quelque chose qui se donne à voir, en sorte que se manifestant il faut bien que ce qui se montre ait une réalité propre, ce qui est intellectuellement fort gênant, j'en conviens.
Comme me l'écrit une de mes amies et collègue, qui est une des meilleures spécialistes en France de la philosophie grecque : "Ce n'est pas parce que l'on ne rencontre pas d'homme juste qu'il faut renoncer à la justice n'est-ce pas et je trouve qu'il est particulièrement bienvenu de poser le problème (du bien et du mal) métaphysiquement par les temps qui courent où en effet s'effondrent les clefs que l'on croyait pertinentes parce que scientifiquement éprouvées. Ce sera la leçon en ce début du XXIème siècle que de nous laisser découvrir notre pauvreté face à l'infini. Nous avons beaucoup à faire pour ne pas laisser cette fois les usurpateurs s'emparer de questions qui ne pourront être posées que par ceux dont la légitimité part du fond du gouffre."
Brice Couturier a eu raison de citer dans sa présentation l'ouvrage admirable d'Alexandre Wat, Mon siècle, hélas trop peu connu, dans lequel le grand poète polonais n'hésite pas à donner une dimension métaphysique - plus précisément : démonologique - au Mal. La grande différence entre les humanistes de l'Europe de l'Est et les "penseurs" de l'Ouest, c'est que les premiers ne rechigent pas à donner à leur expérience du Mal une portée absolue, ainsi que le rappelle Alexandra Laignel-Lavastine dans son beau livre, Esprits d'Europe (Calmann-Lévy, 2005) consacré à Czeslaw Milosz, Jan Patockà et Istvan Bilbo.
Sur ce sujet, voir également les réflexions de Gustaw Herling - une autre grande figure de la littérature polonaise qui était devenu manichéen - dans ses Variations sur les ténèbres, suivi d'un entretien avec Edith de la Héronnière (Le Seuil, 1999), ou encore celles de J.M. Coetzee dans Elisabeth Costello que j'ai longuement analysées dans un chapitre des Complaisantes, Jonathan Littell et l'écriture du mal (F. X. de Guibert, 2007).
Je gage que vous ne serez pas tous d'accord pour me suivre sur ce terrain, mais est-ce une raison pour balayer d'un méprisant revers de main une tradition de pensée multiséculaire, sous prétexte que nous nous serions délivrés des idoles fumeuses de la métaphysique ? Il est vrai que nous sommes tellement plus intelligents !

mardi 3 février 2009

lundi 2 février 2009

Le moindre mal est-il un bien ?

« Entre deux maux, il faut choisir le moindre », cet adage de la sagesse populaire, qui plonge dans l'expérience ancestrale des hommes, en quoi dit-il autre chose que la nécessité de s'accommoder avec les contraintes parfois rudes et cruelles du réel ? Mais il dit autre chose et qu'on pressent seulement dans la formule : le caractère tragique de l'existence, la dure obligation, dont parle Pierre Bayle, de devoir souvent choisir, non pas entre le bien et le mal, mais entre le mal et le pire. Ces notions pourtant – le bien, le mal, le moindre mal ou le pire – ne se réclament pas de valeurs – et certainement pas de valeurs que l'on pourrait qualifier de « morales » - en sorte que nous voici orienté vers une toute autre signification qui n'est pas de l'ordre de l'acclimatation prudentielle au réel mais d'un jugement et d'une évaluation et qui ont les apparences d'un paradoxe. Comment le « moindre mal » pourrait-il jamais être un « bien » ? Nous ne sommes plus dans le champ des alternatives de l'action pratique où il s'agit de « faire au mieux », comme on dit – une telle orientation se déployant parfois sur le fond d'un insoluble conflit des valeurs que la raison ne peut trancher. Il s'agit de suivre une toute autre séquence : le mal, comme moindre mal, comme bien. Et cette identification n'est pas une affaire de passages successifs, fussent-ils argumentatifs ; elle ne peut procéder que d'un saut qu'aucune justification empirique ne peut jamais engendrer et qui, avant d'être de nature morale, est d'abord de nature métaphysique.. D'où pourrait bien venir ce saut métaphysique du bien au mal, cette identité des contraires qui est bien plus qu'une coïncidence des opposés ? On saisira la condition de possibilité d'une telle solution de continuité si nous comprenons qu'elle résulte d'un changement de registre ou de perspective. Et pour le dire d'un mot, seule la rend possible l'orientation de la pensée qui envisage le mal non pas du point de vue de l'individu qui le subit mais de l'économie du tout dont il est membre.
Deux systèmes philosophiques permettent de réaliser ce « coup de force » qui sont liés l'un à l'autre plus qu'on a coutume de le penser : la théodicée rationnelle, telles que l'ont construite Malebranche et Leibniz, d'une part, et l'utilitarisme, d'autre part. Qu'ont-ils donc en commun ? Précisément ceci : d'être des systèmes de pensée à la fois holistique dans leur nature et sacrificiel dans leurs conséquences.
Reste qu'il est également une autre manière de s'y prendre pour que d'un certain point de vue le mal puisse être considéré comme un bien. Et l'on songe ici tout naturellement à la grande opération accomplie par Machiavel. On voudrait que celle-ci se résume à une manière d'assurer l'autonomie du politique en l'absence de toute référence morale et métaphysique. Il n'en est rien. Dans cette oeuvre qui paraît si dépouillée de considérations de cet ordre, tout dépend, en dernier ressort, d'un arrière plan cosmologique qui impose aux hommes les contraintes d'une action, qu'on peut bien nommer l'action opportune. Cependant, Machiavel n'opère jamais de transvaluation des valeurs et il maintient chaque ordre dans son caractère normatif propre, pour autant qu'on ne procède pas à tort à une confusion qui pour chacun serait ruineuse.
En somme donc, tout est une affaire de perspective, mais il y a bien de la différence entre une méthode – celle de Machiavel – qui distingue et sépare l'ordre des valeurs morales de celui des contraintes de l'action politique et celle qui annule en quelque sorte la réalité particulière du mal – s'agirait-il d'un « moindre mal » - pour la dissoudre dans le bien du tout. Cette opération métaphysique ne va pas sans conséquences pratiques qui peuvent être terribles puisque, en somme, que nous dit-elle, ? sinon que l'individu ne compte pas.
On ne perçoit pas toujours avec assez de clarté en quelle manière l'axiomatique de l'utilitarisme - l'intérêt du plus grand nombre - fonctionne comme une grande machine sacrificielle...

vendredi 30 janvier 2009

Entretien sur la réforme pénale

Voici un extrait de l'entretien que je viens de donner à Philosophie magazine et et qui sera publié dans le prochain numéro du mois de mars :

La suppression du juge d'instruction serait une menace pour la démocratie française ?

S'il devait être adopté, le projet de réforme ne serait acceptable et ne constituerait un progrès qu'à deux conditions : 1/ que les procureurs soient détachés de tout lien avec le ministère de la Justice et qu'ils jouissent d'une véritable indépendance vis-à-vis du pouvoir politique ; 2/ que la légalité des enquêtes soit contrôlée par les cours d'appel de façon sérieuse et impartiale. D’autre part, il faut qu'en contrepartie soient développés les moyens d'une défense active et que soit mis un terme à l'abus croissant de la garde à vue, sans parler de la détention préventive, qui constitue un véritable scandale en France. Plus de 600 000 mesures de garde à vue ont été ordonnées en 2008, dont plus d'un quart excèdent vingt-quatre heures. Ce n'est pas admissible. Il est clair que toute personne gardée à vue par la police devrait bénéficier, avant tout interrogatoire judiciaire, de l'assistance et des conseils d'un avocat, ayant accès au dossier.

Cette réforme devrait-elle s'accompagner d'une amélioration des droits de la défense ?

Absolument. Il serait nécessaire, afin d'assurer la défense des droits et de la liberté des citoyens, que tout soit mis en oeuvre pour accroître le rôle de l'avocat dans l'investigation des faits et l'administration des preuves, en sorte qu'il puisse exercer de façon efficace et effective son rôle de contre-pouvoir. Ajoutons que les frais de l'enquête, par exemple les contre-expertises, devraient être assurés par le ministère public et non par les citoyens eux-mêmes. Pourquoi ne pas instituer, comme aux Etats-Unis ou au Canada, des bureaux publics de défense pénale, composés d'avocats qui en auraient fait le choix et qui seraient rémunérés par l'Etat ? Il ne s'agit pas, pour l'instant, de changer ouvertement l'esprit de notre système judiciaire inquisitoire et d'adopter le modèle accusatoire anglo-saxon. L'essentiel est de mieux assurer les modalités d'une égalité des armes entre l'accusation et la défense, en particulier durant le procès. Une dernière réforme importante, enfin, serait de supprimer la différence de procédure qui existe entre les tribunaux correctionnels et les cours d'assises, et d'exiger la motivation des verdicts en cas de condamnation (comme c'est le cas en Espagne ou en Italie).

En admettant que le nouveau juge soit indépendant, la France aura-t-elle adopté le modèle accusatoire ?

Nous serions dans un système accusatoire pondéré. Selon le modèle inquisitorial en vigueur, c’est le juge d’instruction pendant l’enquête et le président de la cour d’assises pendant le procès qui mènent les débats. Cela introduit une confusion des pouvoirs, puisque c’est à chaque fois un seul homme qui envisage le pour et le contre. Dans le système accusatoire, les deux fonctions sont séparées : le procureur accuse, l’avocat défend et le juge arbitre sans interroger l’accusé. Il convient de rappeler les principales évolutions dans cette affaire. Entre 1808 et 1897, le juge d’instruction officie seul et l’inculpé n’a pas le droit à la présence d’un avocat. De 1897 à 1993, l’accusé a le droit d’être assisté par un avocat, lequel peut consulter le dossier mais ne participe pas à l’enquête. Depuis la réforme de 1993, l’avocat peut demander au juge d’instruction des actes d’enquête spécifiques. Si en 2009, le juge d’instruction était supprimé, il ne resterait plus face à face que le procureur et l’avocat. Cela marquerait une évolution vers un système accusatoire.

jeudi 29 janvier 2009

Les Paradis secrets, en avant première

En avant premiere, quelques photos du somptueux livre que mon frère Ivan publie chez Albin Michel en collaboration avec Robert Murphy, Les paradis secrets d'Yves Saint-Laurent et de Pierre Bergé, qui sera en librairie à partir du 4 février :



















Vous pouvez, à cette occasion relire le billet du 26 novembre 2008, "YSL ou la beauté devenue monde", en cliquant sur la rubrique "Réflexions sur l'art" dans les Libellés.

mercredi 28 janvier 2009

Qui se souvient de Fernand Iveton ?

Le 11 février 1957, Fernand Iveton, trente et un ans, militant communiste, accusé de terrorisme, était guillotiné, après que sa grâce a été refusé par le président René Coty.
Né à Alger le 12 janvier 1926, Fernand Iveton suit l’itinéraire classique du militant communiste. À quatorze ans, le certificat d’études primaires en poche, il quitte l’école pour travailler. À seize ans, il adhère au Parti communiste algérien (PCA). Ouvrier tourneur à l’usine Lebon, puis à l’usine de Gaz d’Alger, délégué CGT, il est de toutes les luttes sociales. Et quand débute la guerre d’indépendance algérienne, il s’engage dans les Combattants de la libération (CDL) mis en place par le PCA.
En 1956, avec quelques amis, il entreprend une "action spectaculaire": ils vont faire sauter le tuyau d'une usine à gaz. Ils prévoient deux bombes qui ne doivent exploser qu'une fois les employés partis. Selon Jacqueline Guerroudj, qui lui a remis l'engin, Iveton avait exigé qu’il ne fasse aucune victime civile. Il voulait seulement des « explosions témoignages » pour faire avancer la cause de l’indépendance. De fait, la bombe, de faible puissance, avait été réglée pour exploser le 14 novembre 1956 à 19 h 30. À cette heure, il n’y avait plus personne sur les lieux de travail, rapporte l’enquête. Au reste, les artificiers l’avaient désamorcée vers 18 heures.
Ce jour-là, Iveton s'aperçoit qu'il ne peut en cacher qu'une. Il la dépose en attendant dans un local désaffecté. Un contremaître qui l'avait à l'oeil, découvre la bombe. Iveton est arrêté. On trouve sur lui un papier où il est question de deux bombes qui doivent exploser à 19h30. Alors commence l'interrogatoire:
"On me déshabilla assez violemment en me déchirant la chemise. L'on me fit passer sur tout le corps, le cou, les parties, etc., le courant (...) la question était: "où se trouve la deuxième bombe?" (...) voyant sûrement qu'il n'y avait plus de place pour le courant car j'étais entièrement brûlé (...) l'on me fit subir le supplice de l'eau." On le fait boire jusqu'à l'étouffement, "quand le ventre est gonflé, mes tortionnaires, assis sur moi, font du tape-cul sur mon ventre et l'eau me sort de partout". Les deux bombes n'ont pas explosé à 19h30, mais F. Iveton a fini, vers 22h, par donner le nom de ses camarades.
Le 24 novembre, rasé, sans moustache, le visage marqué par les actes de torture, Fernand Iveton est présenté devant le tribunal permanent des forces armées d’Alger. Le procès se déroule dans une atmosphère de haine. Quand il fait son entrée dans le tribunal, des insultes fusent à son endroit, le public exige sa mort et ses avocats sont menacés. Le procès est expéditif : il est condamné à mort le jour même pour terrorisme. En vérité, son sort avait été réglé en France. Sur proposition du garde des Sceaux, François Mitterrand, le gouvernement socialiste de Guy Mollet avait décidé que l’examen des recours des militants du FLN serait accéléré et que ceux dont la grâce était refusée par le chef de l’État seraient exécutés au plus vite. Le 10 février 1957, son recours en grâce est rejeté par le président René Coty.
La vie d’un homme, la mienne, compte peu, ce qui compte, c’est l’Algérie, son avenir et l’Algérie sera libre demain », déclarait-il au greffe de la prison, quelques minutes avant son exécution. Au pied de la guillotine, il a embrassé ses deux codétenus qui allaient être exécutés avant lui. « Celui-là, fut un condamné à mort modèle, droit, impeccable, courageux jusqu’au couperet », relate son bourreau, Fernand Meissonnier.
(Source: Jean-Luc Einaudi, Pour l'exemple, l'affaire Fernand Iveton, L'Harmattan, 1986).
Voir également l'article de Hassane Zerrouky auquel j'ai emprunté les principaux éléments de ce billet :

  • http://djazair.dzblog.com

    Merci à Stéphane d'avoir attiré mon attention sur ce cas bien oublié qui ne pourrait sans plus se produire dans la France d'aujourd'hui, ne serait-ce que parce que la peine de mort a été abolie, mais dont il importe que nous conservions le souvenir. Aussi parce que les brutalités d'Etat restent quotidiennes, quoique sous une forme plus bénigne. Les archives du dossier Iveton ne seront consultables qu'en... 2057 !
  • Frédéric Ferney

    J'ai découvert avec bonheur, ce matin, le blog littéraire de Frédéric Ferney, "Le bateau libre", allusion à l'émission qu'il animait sur France 5 et dont il fut brutalement viré l'année dernière. Passionnantes lectures de livres dans cette belle langue qui est la sienne et que je vous recommande vivement de consulter :

  • http://fredericferney.typepad.fr
  • mardi 27 janvier 2009

    Emission France Culture

    L'émission "Du grain à moudre" à laquelle j'ai participé hier soir sur le thème "La politique de sécurité nous met-elle en danger ?" peut être réécoutée à l'adresse suivante :

  • www.radiofrance.fr
  • dimanche 25 janvier 2009

    Rétention de sûreté

    La "loi relative à la rétention de sûreté et à la déclaration d'irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental" promulguée le 26 février 2008 au Journal Officiel prévoit notamment la création de centres fermés dans lesquels les criminels dangereux pourront être enfermés à leur sortie de prison.
    La loi précise que les personnes exécutant une peine de réclusion criminelle d'une durée égale ou supérieure à 15 ans pour les crimes les plus graves (assassinat, torture, viol, enlèvement) pourront être placées en rétention de sûreté "à titre exceptionnel" à la fin de leur peine, si elles présentent "une particulière dangerosité caractérisée" et une "probabilité de récidive".
    La décision de placer un condamné en rétention de sûreté sera prise par des juridictions régionales composées d'un président de chambre et deux conseillers de la cour d'appel au terme d'un débat contradictoire. Valable un an, elle pourra être renouvelée indéfiniment.
    Saisis par les parlementaires socialistes, le Conseil Constitutionnel a validé la loi tout en refusant qu'elle s'applique aux personnes condamnées avant la publication de la loi ou pour des faits commis antérieurement à sa promulgation. Selon Pierre Mazeaud, ancien président du Conseil Constitutionnel opposé à la loi, cette décision est juridiquement "bancale" : "Le Conseil Constitutionnel valide la rétention, en expliquant qu'il ne s'agit pas d'une mesure pénale" - c'est-à-dire d'une double peine - "Mais en s'opposant à la rétroactivité, il suggère qu'on est quand même dans la loi. Ce n'est qu'en matière pénale que la non-rétroactivité est un principe constitutionnel".
    Au strict plan juridique, la question est aujourd'hui de savoir si la Cour européenne des droits de l'Homme va condamner la France, comme beaucoup le pensent et l'espèrent.

    Voir l'intéressante vidéo, "Les dessous de la loi", diffusée sur le site du Sénat :

  • www.senat.fr
  • samedi 24 janvier 2009

    Du grain à moudre

    Julie Clarini et Brice Couturier ont eu la gentillesse de m'inviter à l'émission, "Du grain à moudre", qu'ils animent sur France culture, lundi 26 janvier (de 18h30 à 19h15), et qui sera consacré au thème : "La lutte contre l'insécurité nous met-elle en danger ?"
    Mon ami, Jean-François, à qui j'ai demandé quelques documents pour préparer mon intervention m'envoie les informations suivantes, concernant deux exemples concrets et très actuels de restriction des libertés au nom de la lutte contre la déliquance :
    - La garde à vue: "En 2008, on a recensé 577 816 gardes à vue contre 562 083 l’année précédente, soit une augmentation de 2,8 % : 477 223 de vingt-quatre heures au maximum contre 461 417 en 2007 (+ 3,4 %) et 100 593 de plus de vingt-quatre heures contre 100 666 ( - 0,1 %)" (chiffres cités par Pierre-Victor Tournier dans sa lettre hebdomadaire n° 120 "Arpenter le champ pénal", du 23 janvier 2009). "En sept ans, de 2000 à 2007, leur nombre a gonflé de moitié" (Le Monde, 23 avril 2008).
    - Les fichiers: "En janvier 2009, à raison de 25 000 saisies nouvelles par mois, selon le service central d'identité judiciaire, le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), qui comportait au 1er décembre 978 261 profils ADN, devrait franchir le cap symbolique du million d'empreintes. Et ce, moins de dix ans après la mise en route de cette base de données" (Le Monde, 9 décembre 2008) (Le Fnaeg concerne toute personne impliquée dans une procédure judiciaire et non seulement les délinquants sexuels qui sont fichés de plus sur un autre fichier). La Cour européenne des droit de l'homme a été saisie du cas des fichiers britanniques; elle a condamné la Grande-Bretagne, par un arrêt du 4 décembre 2008, pour sa législation qui autorise la conservation illimitée des échantillons et profils ADN des individus. Dans son arrêt rendu par la Grande Chambre, saisie dans les affaires particulièrement graves, la Cour a estimé, à l'unanimité, que le droit au respect de la vie privée et familiale de deux plaignants avait été violé.
    Il faut également lire l'entretien de Robert Badinter publié dans le dernier n° de Télémara, qui dénonce les récentes atteintes à nos libertés en raison des impératifs (prétendus) de sécurité.
    Je suis ouvert à toutes vos réflexions, suggestions sur ce thème...

    lundi 19 janvier 2009

    Glenn Gould

    Deux passionnantes émissions radiophoniques consacrées à Glenn Gould, diffusées la première le 16 septembre 1984, la seconde le 4 août 1986, sur Radio-Canada :

  • http://archives.radio-canada.ca

  • http://archives.radio-canada.ca
  • Sur Kundera

    A tous les amoureux de l'oeuvre romanesque de Kundera, je recommande la lecture du beau livre de François Ricard, Le dernier après-midi d'Agnès. Essai sur l'oeuvre de Milan Kundera, publié dans la collection Arcades chez Gallimard en 2003.

    dimanche 18 janvier 2009

    Les nuits de Barak Obama

    Extrait de l'entretien que Barak Obama a donné au magazine Time, publié par Courrier international :

    "Maintenant que vous êtes face à l’énormité de la tâche, y a t-il un problème qui vous paraisse insoluble ?
    Je ne pense pas qu’il existe de problèmes insolubles. Mais il y en a quelques-uns qui sont extraordinairement compliqués. Il n’est pas certain que l’économie ait atteint son plus bas niveau. Même si nous adoptons toutes sortes de mesures, il n’est pas dit qu’elle aura totalement récupéré dans deux ans. Je ne doute absolument pas de notre capacité à remettre l’économie sur les rails, mais nous devons commencer par sortir du trou que nous avons creusé. Avant même de pouvoir parler d’un plan de relance efficace, j’hériterai d’un déficit d’au moins 1 000 milliards de dollars. Nous sommes en outre en présence d’un déficit structurel qui imposera des décisions très difficiles. Faire repartir l’économie à court terme et établir une politique budgétaire responsable sur le long terme, à un moment où les foyers américains subissent la crise de plein fouet et où tant de besoins ne sont pas satisfaits, voilà un énorme problème. Je ne pense pas que nous puissions le résoudre d’un coup de baguette magique. Il faudra équilibrer soigneusement les priorités, et nous commettrons certainement des erreurs dans la foulée. Car certains de ces choix se heurteront à des résistances politiques, pas seulement de la part des républicains, mais également dans mon propre camp.
    D’autres problèmes m’empêchent de bien dormir. Je pense, par exemple, que l’Afghanistan sera un défi. Je suis certain que le retrait de nos troupes d’Irak est la bonne chose à faire. Je pense que nous pouvons effectuer ce retrait de façon raisonnable et stabiliser la situation en Irak. Nous allons devoir prendre des initiatives militaires, mais aussi diplomatiques, afin d’engager pleinement le Pakistan comme allié dans la région, de désamorcer les tensions entre l’Inde et le Pakistan, pour ensuite impliquer tout le monde dans l’éradication des mouvements militants sur un territoire, sur un terrain qui est très dangereux – dans un énorme pays qui est l’un des plus pauvres et des moins développés du monde. Je pense que ce sera une situation très difficile. La troisième chose qui occupe mes nuits est la question de la prolifération nucléaire. Nous allons devoir prendre des initiatives pour raccommoder un régime de non-prolifération qui a été malmené. Et ce alors qu’Internet a rendu les techniques de fabrication d’armes de destruction massive plus accessibles que jamais, à un moment où de plus en plus de pays chercheront à se doter de programmes d’énergie nucléaire. Ce sera là un défi particulièrement important.
    Enfin, pour couronner le tout, il y a le changement climatique. Tous les indicateurs montrent qu’il progresse plus vite que ne le prévoyaient il y a encore deux ou trois ans les chercheurs les plus pessimistes. La communauté internationale devra consentir un énorme effort pour s’y attaquer sérieusement. Et cet effort aura un coût. Or mettre en place les conditions de cette transformation – qui présente d’immenses opportunités en termes de croissance économique et de créations d’emplois à long terme, mais coûtera cher dans l’immédiat – est la chose la plus difficile à faire en politique. Cela implique d’engager de lourds investissements qui ne porteront leurs fruits qu’à long terme. J’arrête ici la liste.
    (...)
    Quel est votre secret pour si bien tenir tête à de grosses organisations et relever aussi rapidement des défis, que ce soit dans la façon dont vous avez mené votre campagne ou maintenant ?
    Il n’y a pas vraiment de secret. Je crois que je sais repérer les talents et que j’embauche donc des gens compétents. Ayant un ego assez sain, je n’hésite pas à recruter les gens les plus intelligents, même s’ils le sont plus que moi. Je tolère en revanche très mal les gens qui brassent du vent, cherchent à protéger leur territoire ou se livrent à des petits manèges, et je le fais savoir d’emblée très clairement. C’est pourquoi, au bout d’un moment, des rapports de confiance commencent à s’installer entre les gens, qui se concentrent sur leur mission et non sur les ambitions personnelles ou les conflits. A partir du moment où on a des gens très compétents qui s’investissent tous dans la même mission, on arrive généralement à faire avancer les choses."

  • www.courrierinternational.com
  • samedi 17 janvier 2009

    Chefs de légende

    Malheureusement je n'ai pu trouver que ce court extrait de l'interprétation que Carlo Maria Guilini a enregistré de la 3e symphonie, dite "Héroïque", de Beethoven, sans conteste, à mes yeux, plus admirable, puissante et juste que celle d'Abbado, mieux scandée que celle, pourtant également magnifique, de Karajan. On ne peut l'écouter sans être littéralement "saisi au cheveu", comme dit Flaubert. Un disque à se procurer de toute urgence, tout comme son enregistrement, qui reste aujourd'hui encore la référence absolue, du Don Juan de Mozart :



    Et puisque nous en sommes à évoquer les grands chefs d'orchestre, voici à l'oeuvre une autre figure de légende : Carlos Kleiber, répétant, en 1970, avec le sens de la perfection qui le caractérisait, l'ouverture du Freischütz de Weber. Cette vidéo est d'autant plus précieuse que Kleiber, que Placido Domingo appelait "le magicien", n'a jamais accordé d'entretien.
    Ne manquez pas de voir les autres vidéos disponibles, en cliquant sur une des icônes qui s'affichent, à la fin, au bas de l'écran.

    vendredi 16 janvier 2009

    Milan Kundera et Denis Diderot

    L'hommage de Milan Kundera à Denis Diderot par Václav Richter (18-09-2004) :
    "Quand la pesante irrationalité russe est tombée sur mon pays, j'ai éprouvé un besoin instinctif de respirer fortement l'esprit des Temps modernes occidentaux. Et il me semblait n'être concerné avec une telle densité nulle part autant que dans ce festin d'intelligence, d'humour et de fantaisie qu'est Jacques le Fataliste," dit Milan Kundera dans la préface de la pièce de théâtre Jacques et son maître qu'il a écrite en s'inspirant du célèbre roman de Denis Diderot.
    En 1972, le jeune metteur en scène français, Georges Werler, rend visite à Kundera à Prague et réussit, malgré les contrôles à la frontière, à faire passer en France le manuscrit de la pièce Jacques et son maître. Dans un pays occupé par l'armée russe le romancier tchèque a rendu hommage à l'écrivain et philosophe français qui l'a aidé à survivre une période difficile. A ce temps-là, la situation de Milan Kundera semble sans espoir. Réduit au silence, il est condamné à vivoter sous un régime qui n'est pas du tout disposé à lui pardonner sa liberté d'esprit. A cette époque, l'écrivain se détourne de la littérature russe, refuse de faire une adaptation théâtrale de L'idiot de Dostoïevski, et éprouve une véritable passion pour Jacques le Fataliste de Diderot et même pour les aspects de ce roman considérés par d'aucuns comme négatifs et critiquables.
    Dans cet ouvrage insolite, Diderot a donné libre cours à sa fantaisie sans respecter les lois du récit et de la construction romanesque. Il raconte le voyage du valet Jacques et de son maître d'une façon qui est, en apparence, complètement incohérente. Il n'arrête pas de couper le récit par d'innombrables digressions, il y ajoute des épisodes qui ne sont que vaguement liées à l'histoire principale, il se moque de son lecteur, met à l'épreuve sa patience, le provoque et joue à cache-cache avec lui. Tout ce qui est raconté est mis en doute, rien n'est tout à fait sérieux. Et ce sont justement cette liberté, cette originalité, ce manque de sérieux qui font le bonheur de Milan Kundera : "Je veux le dire impérativement: aucun roman digne de ce nom ne prend le monde au sérieux. Qu'est ce que cela veut dire d'ailleurs "prendre le monde au sérieux" ? Cela veut certainement dire : croire à ce que le monde veut nous faire croire. De Don Quichotte jusqu'à Ulysse, le roman conteste ce que le monde veut nous faire croire." ... "Le roman de Diderot est une explosion d'impertinente liberté sans autocensure et d'érotisme sens alibi sentimental."
    Au centre du livre de Diderot, se trouve l'histoire de Mme de la Pommeraye, une histoire célèbre qui, si j'ose dire, a depuis longtemps sa propre vie, histoire qui s'est échappée du livre, qui a été maintes fois interprétée et réinterprétée, portée à l'écran, etc. C'est l'aubergiste, une brave femme ayant accueilli le maître et son valet dans sa maison, qui leur raconte comment Mme de la Pommeraye s'est vengé du marquis des Arcis, l'homme qui avait cessé de l'aimer. Elle lui présente une certaine Mlle d'Aisnon, une prostituée, en prétendant qu'il s'agit d'une vierge immaculée, un miracle de la pureté et de la pudeur. Le marquis tombe amoureux de la fille et l'épouse. Et c'est le moment attendu par Mme de la Pommeraye pour lui révéler la véritable identité de sa jeune femme. Pour le marquis c'est un choc terrible, la séparation lui semble inévitable, mais, après un temps de réflexion il se rend compte des qualités de son épouse et, faisant preuve d'une grande générosité, invite sa femme à commencer une vie nouvelle avec lui.
    Bien que cet épisode du roman puisse exister séparément, Kundera se rend compte que son véritable intérêt réside dans la façon dont elle est racontée et incorporée dans la structure complexe du roman. Une femme du peuple raconte des événements qui se passent dans un milieu qui lui est étranger, le récit est sans cesse interrompu par des anecdotes, il est commenté, analysé ce qui rend impossible l'identification mélodramatique avec les personnages, chacun des commentateurs en tire une conclusion différente, car, selon Kundera, l'histoire de Mme de la Pommeraye est une antimoralité.
    Il y a encore un autre aspect qui semble prédestiner cette variation sur Diderot à une adaptation théâtrale. C'est un roman en dialogues. Kundera écrit: "Chez Diderot, cinq narrateurs, s'interrompant l'un l'autre, racontent les histoires du roman: l'auteur lui-même (en dialoguant avec son lecteur) ; le maître (en dialoguant avec Jacques); Jacques (en dialoguant avec son auditoire) ; et le marquis des Arcis. Le procédé dominant toutes les histoires particulières est le dialogue (sa virtuosité est sans pareil). Mais les narrateurs racontent ces dialogues en dialoguant (les dialogues sont emboîtés dans un dialogue) de sorte que l'ensemble du roman n'est qu'une immense conversation à haute voix."
    Néanmoins, Milan Kundera se rend parfaitement compte des dangers que comporte toute adaptation de grandes oeuvres littéraires. Il sait que dans la majorité des cas les adaptations ne sont que simplifications. "L'adaptation devient ainsi la négation pure et simple de l'originalité du roman, constate-t-il dans la préface. Pour échapper à ce piège, il décide d'écrire sa propre pièce et de prêter à sa comédie "la liberté formelle que Diderot - romancier a découverte et que Diderot - auteur de théâtre n'a jamais connue." Il constate que le récit, assez maigre d'ailleurs, du voyage de Jacques et de son maître, sert de support à trois histoires d'amour, celle du maître, celle de Jacques et celle de Mme de la Pommeraye. Deux de ses histoires font, dans une certaine mesure seulement, partie du récit principal, la troisième n'étant qu'un épisode indépendant. L'écrivain décide d'utiliser donc la technique de la polyphonie, c'est-à-dire entremêler les trois histoires, et aussi la technique des variations, car les trois histoires sont en fait chacune la variation de l'autre. Il explique: "Toute la pièce devient ainsi 'une variation sur Diderot' et en même temps un 'hommage à la technique des variations' de même que l'a été, sept ans plus tard, mon roman Le livre du rire et de l'oubli."
    Et le résultat? La comédie de Kundera est plus qu'une adaptation. Etonnement vivante et originale, elle jette une nouvelle lumière sur le roman de Diderot qui l'a inspiré. "Mais si le roman de Diderot, de la pièce de Kundera, reçoit de la lumière et comme un surcroît de signification, écrit l'auteur de la postface de l'édition française de la pièce, François Ricard, le plus beau est peut-être cette confiance faite par Kundera à l'oeuvre de son prédécesseur et dont témoigne l'écriture de Jacques et de son maître: confiance, c'est-à-dire consentement et respect, la conscience, tout en se modelant sur l'autre, de demeurer soi-même, de découvrir son propre visage dans l'évocation des traits de l'autre, et de créer tout en admirant."

  • www.radio.cz
  • lundi 12 janvier 2009

    Prime Time Torture

    L'ONG Human Rights Watch vient de réaliser un court film, Prime Time Torture, dans lequel est dénoncée la pratique de la torture dans les séries télévisées américaines, en particulier dans la série 24 Heures. Où l'on retrouve bien des arguments présentés dans Du bon usage de la torture (le caractère irréaliste de la parabole de la bombe à retardement, l'inefficacité de la torture, etc.)



  • www.humanrightfirst.ord
  • dimanche 11 janvier 2009

    Souad Massi

    Merci à Stéphane de m'avoir fait connaître cette chanson si belle de la chanteuse algérienne, Souad Massi :